Donald Trump et Kim-Jong-un se rencontrent au Vietnam les 27 et 28 février, quelques mois après un sommet historique qui n’a pas été suivi d’actes forts. Explications.

Un peu plus de huit mois après leur première rencontre historique, Donald Trump et Kim Jong-un se retrouvent la semaine prochaine à Hanoï, au Vietnam. « J’espère que des choses très positives vont se passer », a déclaré mardi le président américain, qui présente le rapprochement avec le leader nord-coréen comme une des plus grandes réussites de sa politique étrangère. Le 12 juin, lors de leur rencontre à Singapour, les deux hommes avaient dit vouloir oeuvrer à la « dénucléarisation complète de la péninsule coréenne ». Mais depuis, aucun progrès tangible n’a pourtant été réalisé.

La Corée du Nord n’a pas engagé sa dénucléarisation

Dan Coats, le directeur du renseignement national, a indiqué fin janvier lors d’une audition au Congrès qu’il était « peu probable » que la Corée du Nord « abandonne toutes ses armes nucléaires », « ses armes de destruction massive », ses missiles et « ses capacités de production ».

Malgré la suspension des essais nucléaires et balistiques « depuis plus d’un an » et « le démantèlement réversible de certaines parties des infrastructures liées aux armes de destruction massive », « nous continuons à observer des activités non compatibles avec une dénucléarisation totale », a-t-il ajouté.

Mardi, c’est le commandant des forces américaines en Corée du Sud Robert Abrams qui en a remis une couche. Selon lui, « peu ou pas de changements vérifiables sont intervenus dans les capacités militaires de la Corée du Nord » depuis huit mois. Les « capacités militaires conventionnelles et asymétriques » nord-coréennes continuent d’être « une menace pour les Etats-Unis, la République de Corée » et les « alliés régionaux », a-t-il estimé. Pyongyang poursuit en outre ses entraînements militaires hivernaux comme les années passées.

Une mésentente sur les termes de l’accord

La Corée du Nord et les Etats-Unis ne sont pas d’accord sur le sens exact de l’engagement de « dénucléarisation complète de la péninsule coréenne » :

  • Pyongyang demande un allègement des sanctions adoptées par la communauté internationale en réponse à la fin de ses programmes nucléaire et balistique interdits ;
  • mais les Etats-Unis considèrent que ces sanctions, qui asphyxient le peuple nord-coréen, doivent être maintenues tant que la Corée du Nord n’aura pas renoncé à ses armes nucléaires.
  • La Corée du Nord a d’ailleurs confirmé en janvier que ses intentions étaient encore éloignées des exigences américaines, qu’elle conditionne aussi au « retrait total des menaces nucléaires américaines », ce qui impliquerait une vaste remise en cause des accords de défense entre les Etats-Unis et la Corée du Sud.

Donald Trump joue la montre

« J’ai une très bonne relation avec Kim Jong-un. J’ai fait le boulot ». Désireux de poursuivre les négociations avec le leader nord-coréen, pour lesquelles il pense mériter le prix Nobel de la paix, Donald Trump temporise désormais. « Tant qu’il n’y a pas de tests [balistiques ou nucléaires], je ne suis pas pressé », a-t-il fait savoir en début de semaine.

Dans le camp américain, on estime que « de réels progrès » sont envisageables. Selon l’émissaire de Washington pour la Corée du Nord, les deux parties ont déjà évoqué la « dénucléarisation complète, la transformation des relations Etats-Unis-Corée du Nord, et la mise en place d’une paix durable sur la péninsule coréenne » lors d’échanges en amont.

Mais la pression est néanmoins palpable. « Il est grand temps que les discussions entre les Etats-Unis et la Corée du Nord commencent sérieusement afin de parvenir à une dénucléarisation de la péninsule coréenne », a déclaré en janvier le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres. Selon un diplomate occidental qui suit de près le dossier, « c’est un moment assez dangereux ». « Si dans les prochains mois Kim ne lâche rien, Trump ne pourra pas continuer à dire que tout se passe bien et qu’il n’y a pas d’urgence, et on risque de retourner à la situation explosive de 2017. »