Depuis mi-mars, plus de 3 600 cas de Covid-19 ont été enregistrés et plus de 100 morts au sein du plus grand territoire amérindien dans le pays. C’est le deuxième taux d’infection le plus important aux États-Unis, juste après New York, et la tendance est à la hausse, selon Médecins sans frontières.

Pourquoi la communauté amérindienne est-elle particulièrement vulnérable face au Covid-19 ? Pour former les médecins locaux aux gestes barrières et assurer un soutien logistique à la réserve Navajo, l’ONG Médecins Sans Frontières vient de déployer une équipe sur place.

« Il s’agit d’une population dont l’habitat est vraiment multi-générationnel, nous explique Carolina Batista, la médecin responsable de cette équipe de MSF, jointe par Marie Normand, du service international de RFI. C’est-à-dire qu’il y a 2, 3, parfois 4 générations qui vivent sous le même toit, dans le même petit logement. Donc quelqu’un rentre de la ville, il est infecté, asymptomatique, et il transmet la maladie à une personne âgée. »

Établie en 1868, la nation Navajo compte 175 000 habitants répartis sur un territoire grand comme l’Écosse, à cheval sur trois États du sud-ouest américain. Le premier cas de Covid-19 y a été confirmé le 17 mars. Depuis, le chiffre a explosé à plus de 3 600 cas : un taux d’infection juste derrière celui de New York, épicentre de l’épidémie aux États-Unis. Le nombre de morts, plus de 100, est proportionnellement plus modéré. Mais les habitants s’attendent à ce qu’il monte, quand la maladie terrassera les patients les plus graves.

Affections chroniques souvent liées à la pauvreté

Le nombre élevé de cas chez les Navajos s’explique aussi par des affections chroniques. Selon Carolina Batista, ils « présentent aussi de très lourdes comorbidités. Des taux importants de diabète, de maladies cardiaques, d’hypertension, d’obésité. »

S’ajoute la très grande précarité de cette population qui vit dans des conditions d’hygiène souvent exécrables. « Entre 30 et 40 % des foyers de la nation Navajo n’ont pas l’eau courante, déplore la responsable de MSF. Donc comment leur dire de se laver les mains fréquemment avec du savon ? Les défis sont importants. Et puis, l’accès au système de santé est déjà difficile à la base car ce sont des personnes qui vivent loin des centres de santé. C’est dès le départ une population exclue et vulnérable. »

Manque d’infrastructures

La crise a donc révélé, avec une acuité particulière, les disparités économiques et sociales qui affectent historiquement les Amérindiens. Comme d’autres tribus, les Navajos ont abandonné de gigantesques territoires en échange d’une promesse que l’État fédéral fournirait éducation et soins gratuitement, à perpétuité. Mais la promesse n’a jamais été complètement tenue. Sur les 71 000 kilomètres carrés de la réserve ne se trouvent que 12 établissements de santé.

Le retard d’infrastructures ne concerne pas que les cliniques. La construction des réseaux d’eau a largement sauté les territoires amérindiens il y a un siècle, selon un rapport de l’ONG DigDeep. Le manque d’internet à haut débit contribue au manque d’informations, et empêche les élèves de suivre des cours à distance.

Mortalité plus élevée durant les épidémies

L’histoire se répète pour les premières nations d’Amérique. La mortalité causée par la pandémie de grippe H1N1, en 2009, a été quatre fois plus importante chez les Amérindiens que chez toute autre minorité aux États-Unis. Et des tribus entières ont sans doute été décimées par la grippe espagnole de 1918.

À Washington, le Congrès a adopté une enveloppe de huit milliards de dollars spécifiquement pour les tribus affectées par la pandémie. Mais le défi, désormais, sera de pouvoir les dépenser, étant donnée la pénurie mondiale d’équipements et de personnels.