Le président des Etats-Unis a retweeté dimanche un message appelant à «virer» Anthony Fauci, le principal expert du gouvernement dans la lutte contre la crise du Covid-19.

En pleine pandémie, après avoir souhaité «JOYEUSES PÂQUES» dans un tweet matinal, Donald Trump a employé son dimanche à publier 43 autres tweets et retweets. Parmi la volée de proclamations de soutien, de critiques de ses adversaires et d’insultes, le président des Etats-Unis a notamment repris à son compte un message appelant au limogeage du docteur Anthony Fauci, immunologiste respecté qui mène pour le gouvernement américain la lutte contre la pandémie de coronavirus.

Les propos retweetés sont le fait de DeAnna Lorraine, ex-candidate républicaine à la chambre des Représentants en Californie. «Fauci dit maintenant que si Trump avait écouté les experts médicaux, il aurait pu sauver plus de vies. Fauci disait aux gens le 29 février qu’il n’y avait pas lieu de s’inquiéter et que ça ne menaçait pas la population des Etats-Unis. Il est temps de virer Fauci (#FireFauci dans le texte original, ndr)», a écrit la jeune femme dans le tweet republié par le milliardaire. Donald Trump y a ajouté son propre commentaire : «Désolé les fake news, tout est enregistré. J’ai interdit la Chine [sic] bien avant que les gens ne parlent. Merci OANN», a écrit le chef d’Etat, citant une chaîne de télévision conservatrice qu’il s’évertue de promouvoir ces derniers mois, la jugeant plus proche de ses intérêts que la déjà très conservatrice Fox News.

Selon les résultats de l’outil Buzz Insights de Digimind, auquel Paris Match a accès, le mot-clé #FireFauci, soutenu sur Twitter par des figures conservatrices, a connu un nouveau pic après le retweet de Donald Trump. Ce cri de ralliement avait déjà suscité un très grand nombre de tweets le 6 avril, selon les mêmes données.

Un expert dont les propos contredisent souvent ceux du président

Donald Trump donne donc un écho planétaire aux récriminations formulées contre le docteur Fauci, qui a régulièrement partagé le devant de la scène avec le président ces dernières semaines. Alors que le milliardaire s’est d’abord évertué de minimiser le danger que présente le coronavirus, Anthony Fauci a tenté de tenir un discours clair. Tandis que Trump fait à tout va la promotion de l’hydroxychloroquine, le scientifique s’en est tenu à la prudence dictée par l’absence d’études de grande ampleur confirmant l’efficacité du traitement.

Il semble que l’ire du président, dimanche, ait été déclenchée par une émission de CNN, dans laquelle Anthony Fauci a admis qu’il aurait été possible de sauver plus de vies si les mesures restrictives avaient été prises plus tôt. Il a toutefois ajouté que «ces décisions sont compliquées». «Evidemment, si on avait dès le début tout fermé, ça aurait pu être un peu différent. Mais il y avait beaucoup d’opposition contre l’idée de tout fermer», a-t-il déclaré. Donald Trump lui-même espérait encore le 24 mars dernier de pouvoir «rouvrir le pays» pour Pâques.

Dès le 23 mars, le «New York Times» notait que la popularité du docteur Fauci, en même temps que sa propension à contredire le président, agaçaient la Maison-Blanche. Dans les milieux conservateurs, le chercheur est devenu la cible de nombreuses critiques. Face à la multiplication des théories du complot et des menaces, Anthony Fauci s’est vu accorder une protection spéciale.

Anthony Fauci avait confié à «Science Magazine» qu’il était parfois démuni face aux fantaisistes propos présidentiels : «Je ne peux pas sauter devant le micro et le pousser. Ok, il l’a dit. Tentons de corriger ça pour la prochaine fois.»