L’Afrique comptait ce jeudi 11 juin 210 153 cas confirmés de coronavirus. Le Covid-19 a déjà coûté la vie à 5 692 personnes sur le continent, selon le Centre africain de prévention et de contrôle des maladies. Les pays les plus touchés par la pandémie sont l’Afrique du Sud (55 400 cas), l’Égypte (38 300), le Nigeria (13 900), l’Algérie (10 500), le Ghana (10 400), le Cameroun (8 700) et le Maroc (8 500).

  • La pandémie « accélère » sur le continent, selon l’OMS

L’Organisation mondiale de la Santé constate que s’il avait fallu 98 jours à l’Afrique pour franchir le palier des 100 000 cas, il n’aura suffi que de 18 jours pour atteindre les 200 000 patients testés positifs au Covid-19. La directrice régionale de l’OMS, Matshidiso Moeti, ajoute que des contaminations à l’intérieur des communautés ont désormais lieu dans plus de la moitié des 54 pays africains.

L’un des principaux défis continentaux demeure l’insuffisance du nombre de tests. Pour autant, la docteure botswanaise estime que rien n’indique que le nombre de cas graves et de morts soit largement sous-estimé. Mais « en attendant un vaccin efficace, je crains que nous devions vivre avec une augmentation régulière dans la région », prévient Matshidiso Moeti.

L’Afrique ne compte pour le moment que 3% des cas recensés à travers le monde. Une situation qui pourrait être expliquée, selon l’OMS, par la jeunesse de la population continentale mais aussi par les mesures de contrôle sanitaire aux frontières déjà en place dans le cadre de la lutte contre les épidémies de fièvre hémorragique Ebola, notamment. En outre, ajoute sur RFI Issaka Tiembré, de l’Institut national d’hygiène publique en Côte d’Ivoire, « le fait que la maladie se soit déclarée ailleurs a permis aux pays africains de se préparer ».

  • L’Union africaine annonce une plate-forme continentale d’achat de matériel médical

L’idée est de « débloquer la chaîne d’approvisionnement » afin que l’Afrique puisse acheter les outils nécessaires à la lutte contre le virus selon le Dr John Nkengasong, directeur du Centre africain de prévention et de contrôle des maladies (Africa CDC). Le Camerounais promet que les 55 membres de l’UA auront accès à 90 millions de tests dans les six prochains mois (à répartir selon des critères démographiques). L’organisation panafricaine a contacté « de multiples fournisseurs », en Chine, en Europe et ailleurs dans le monde.

Le patron du CDC dit par ailleurs « encourager vraiment la Tanzanie à coopérer » en partageant ses données sur le nouveau coronavirus SARS-Cov2. « Nous restons optimistes », insiste-t-il. Le nombre de cas officiels reste bloqué à 509. Le président John Magufuli certifiait dimanche 7 juin que son pays s’était débarrassé du virus grâce aux pouvoirs divins.

  • Être confinés ou perdre son travail : les employés des mines congolaises pris en tenaille

Onze organisations de la société civile congolaise et internationale, dont Amnesty international et Human Rights Watch, interpellent les sociétés minières de République démocratique du Congo. Les ONG pointent une « image troublante » : alors que le monde, l’Afrique et la RDC font face à une pandémie, certaines entreprises n’hésitent pas à forcer leurs employés à rester sur les sites d’extraction 24h/24 et 7j/7 sous peine d’être licenciés.

Cette pratique du confinement forcé a été constatée sur « au moins six sites miniers » ces deux derniers mois selon une lettre envoyée jeudi 11 juin à 13 compagnies ainsi qu’aux gouvernements provinciaux du Lualaba et du Haut-Katanga (sud-est). Elle concerne précisément : la Sino-Congolaise des Mines (SICOMINES), la Compagnie Minière de Musonoie (COMMUS), la Somidez (mine de Deziwa), la Minière de Kalukundi (LAMIKAL), la mine de Kamoa-Kakula et la Minière de Kalumbwe Myunga (MKM).

Les organisations de défense des droits humains constatent plus généralement le manque de protection du personnel face au coronavirus mais aussi des conditions de vie pour ceux obligés de se confiner sur site (toilettes insalubres, chambres exiguës, manque de nourriture et d’eau). Les ONG appellent les entreprises minières à faire du bien-être de leurs employés une priorité et à mettre fin à toute politique de confinement obligatoire pour eux.

Le sous-sol de RDC regorge de matières premières comme le cuivre et le cobalt. L’Afrique du Sud, elle, est spécialisée dans le platinium, le chrome, l’or et les diamants. Des ressources dont la production a chuté de 47% en avril (-18% en mars) par rapport au même mois l’an dernier. Les mines à ciel ouvert ont repris le travail début mai, tandis que les mines souterraines ont dû attendre le 1er juin pour retrouver leur capacité maximale. Mais les syndicats sud-africains s’inquiètent du risque de contamination dans un environnement où les distances sociales sont difficiles à respecter. 821 cas ont été recensés dans l’industrie minière d’Afrique du Sud jusqu’à présent.

  • À Madagascar, les professionnels de santé s’inquiètent

Manque de moyens, déficit de formation, manque de reconnaissance et de compensation financière, le syndicat des paramédicaux de la Grande Île tire la sonnette d’alarme dans la lutte contre le Covid-19. Les infirmier(e)s, aide-soignant(e)s et sages-femmes s’estiment insuffisamment préparés et protégés face à la maladie qui a déjà fait 10 morts et contaminé 1 203 personnes. Parmi eux, une vingtaine de personnels soignants, mais le chiffre est probablement sous-estimé au vu du peu de tests réalisés.

« Les conditions de base ne sont pas remplies pour faire face à la pandémie, dénonce sur RFI Jerisoa Ralibera, infirmier dans un hôpital de la capitale et président du syndicat des paramédicaux. Il y a parfois une rupture d’équipements de protection dans les centres de santé ou le centre réutilise les équipements de protection à usage unique, comme les sur-blouses ou d’autres équipements, que l’on peut décontaminer. Il y aussi une insuffisance en nombre pour nous paramédicaux qui nous occupons des malades dans la communauté. » Des manifestations sont prévues vendredi 12 juin.

  • Le Tchad volontaire pour tester un traitement

Le Tchad se montre intéressé pour participer à la phase de test d’un potentiel traitement contre le Covid-19, sous forme de solution injectable. Le directeur adjoint du cabinet du président Idriss Déby, Abdelkrim Idriss, était ce mercredi 10 juin au soir à l’aéroport d’Ivato à Antananarivo en compagnie du ministre malgache des Affaires étrangères, Djacoba Tehindrazanarivelo. Ndjamena était venu récupérer un nouveau chargement de Covid-organics, la boisson présentée par les autorités malgaches comme préventive et curative de la maladie engendrée par le nouveau coronavirus. Cette boisson a été « une expérience positive au Tchad », selon Abdelkrim Idriss, cité par L’Express de Madagascar.

  • En Côte d’Ivoire, les autorités serrent la vis

Alors que le nombre de cas de Covid-19 est en forte augmentation en Côte d’Ivoire, le gouvernement renforce les mesures barrière : frontières fermées jusqu’au 30 juin ; port du masque obligatoire et davantage contrôlé ; contrôles accrus également à l’entrée et à la sortie du Grand Abidjan, toujours isolé du reste du pays ; rassemblements autorisés de 50 personnes maximum (contre 200 auparavant).

  • La presse africaine mise à mal par les conséquences de la pandémie

Au Nigeria, The Punch et Vanguard, deux des plus grands quotidiens du pays, ont annoncé fin mai des coupes budgétaires drastiques qui passent entre autres par des dizaines de licenciements au sein de leurs rédactions, en conséquence de la crise sanitaire. Les responsables du principal syndicat des journalistes nigérians ont exhorté le président Muhammadu Buhari à mettre en place une aide d’urgence aux médias en détresse. Mais beaucoup craignent que cette situation de dépendance ne fasse qu’accroître l’ingérence politique.

Au Kenya, certains médias ont réduit les salaires de moitié. En même temps, face à la rapidité et la gravité de la crise, les appels à l’aide des professionnels de l’information au gouvernement se sont multipliés. En réponse, le Kenya a dévoilé le 6 juin la création d’un fonds spécial d’environ 900 000 euros qualifié d’« historique » pour aider quelque 150 diffuseurs à traverser la tempête.

À Madagascar, la presse écrite et audiovisuelle est soumise aux diktats de l’information officielle. Le gouvernement d’Andry Rajoelina qui, dès le déclenchement de la crise du coronavirus, a obligé les médias à diffuser les annonces des autorités sur la pandémie, vient de pousser l’ingérence encore plus loin. « Le régime profite de cette réquisition pour diffuser des messages de propagande », assure à l’AFP Nadia Raolimanalina, chef de service des informations de la télévision MBS et directrice de publication des journaux Le Quotidien et N’y Vaovaontsika.

À cause des suites de la crise sanitaire, en Ouganda, une imprimerie majeure d’hebdomadaires a cessé ses activités. En Namibie, les horaires ont été réduits et les plans de licenciement se sont accélérés. Au Cameroun, des journaux privés ont même organisé une journée « presse morte » pour dénoncer l’absence de réaction des pouvoirs publics.

  • Made in… Ouganda et Ghana

En Ouganda, le constructeur automobile Kiira Motors va fabriquer des respirateurs artificiels. La ministre ougandaise de la Santé en a fait l’annonce sur le réseau social Twitter, se disant « fière de voir de telles innovations venir de chez nous » et attendant impatiemment de voir ces respirateurs Bulamu arriver dans les services dédiés aux malades du Covid-19 et aux autres patients qui pourraient en avoir besoin.

Au Ghana, neuf sociétés espèrent voir validés leurs kits de test d’ici huit semaines afin d’aider le pays à atténuer les mesures de lutte contre la propagation du nouveau coronavirus. Parmi elles l’entreprise Incas Diagnostic travaille également avec d’autres développeurs en Afrique du Sud, au Cameroun, au Nigeria et au Sénégal pour mettre en place une application de suivi des personnes à haut-risque d’être contaminées par le virus.