Aujourd’hui, l’expression la plus usitée est celle de « souveraineté sanitaire ». Mais, faut-il rappeler, au risque de déplaire aux pourfendeurs du multilatéralisme, que l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) est l’institution de référence en matière de Relations internationales de Santé.

Par exemple, malgré la décision de Donald Trump de mettre fin à la relation des Etats-Unis avec l’OMS, le Secrétaire d’Etat des Etats Unis a soutenu qu’ils continueront à collaborer avec l’Organisation Mondiale de Santé (OMS). Cette précision est importante pour le développement qui va suivre.

Les six indicateurs pour déconfiner d’après l’OMS

Le 13 Avril 2020, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a partagé comme recommandations, six indicateurs préférables avant toute décision de déconfinement. Ces six points sont : 1/la transmission doit être contrôlée ; 2/ensuite, les systèmes de santé doivent être en mesure de tester, d’isoler et de traiter chaque cas et de retracer chaque contact ; 3/ les risques d’épidémies doivent être réduits au minimum dans des environnements particuliers comme les établissements de santé et les maisons de soins ; 4/ des mesures préventives devront avoir été mises en place sur les lieux de travail, dans les écoles et dans d’autres lieux publics essentiels ; 5/ les risques d’importation pourront être gérés ; 6/les communautés doivent être pleinement éduquées, engagées et habilitées à s’adapter à la nouvelle norme.

L’assouplissement au Sénégal, conforme aux recommandations de l’OMS ?

A lire ces pré-requis recommandés par l’OMS, on ne peut pas ne pas devenir pessimiste pour le Sénégal, quant au bilan des infectés qu’il nous sera présenté dans les quatorzaines à venir si l’on sait que la transmission est incontrôlée et que les communautés ne sont pas « pleinement éduquées, engagées et habilitées à s’adapter à la nouvelle norme » d’assouplissement des restrictions pour faire face au coronavirus.

Mais qu’est ce qui a pu bien pousser les autorités sénégalaises à décider de cet assouplissement des mesures de restriction dans ce contexte de COVID-19 au Sénégal ?

Nous ne pensons pas que c’est une raison à l’interne –  la diplomatie du chapelet encore moins celle des pierres – qui a poussé les autorités Sénégalaises à assouplir les mesures de restriction, même s’ils affirment avoir donné suite favorable à une demande sociale qui devenait pressante. En réalité, quiconque a bien suivi la politique intérieure de sécurité du régime en place, a dû constater que ce contexte de COVID-19 est la seule fois où il cède à des manifestations ; la détention d’opposants ou de membres de la société civile lors des manifestations est éloquente et à souligner à cet égard. Donc, nous pouvons avec SPINOZA dire du gouvernement : « tu dis que tu as choisi une idée parce qu’elle est bonne, sache qu’en réalité tu dis qu’elle est bonne parce que tu l’as choisie. »

La note des « Experts du Quai d’Orsay »

Pour comprendre les raisons objectives qui pourraient avoir dicté la décision du gouvernement, il faudrait faire un retour en arrière et consulter ces lignes publiées le 01 Avril à propos des mesures de confinement en Afrique :

« …les mesures de confinement…imposées par la force et difficilement tenables sur plusieurs semaines, « saperont l’équilibre fragile de l’informel, économie de survie quotidienne essentielle au maintien du contrat social ». Un tel climat d’angoisse serait propice à des contestations sociales urbaines s’attaquant à la légitimité de pouvoirs autocratiques crépusculaires et corrompus…. Au risque de voir jaillir « des phénomènes de panique urbaine » conjuguée à la montée en puissance « d’entreprises politiques populistes » se livrant à « la manipulation des émotions populaires », notamment auprès des « classes moyennes en cours de déclassement qui seront les premières fragilisées ». »

Cette « panique urbaine » prédite par les experts du Quai d’Orsay semble être le véritable mobile de relâchement des mesures qui accompagnaient l’état d’urgence sanitaire décrété par le Président de la République. On ne reprocherait pas à nos gouvernants africains d’avoir pris au sérieux cette analyse, surtout, comme elle vient de là où ses élites sont formées et d’où vient l’assistance en sécurité-défense qui permet de faire face aux menaces à la stabilité en Afrique.

La bonne gouvernance, la meilleure solution pour prévenir ou gérer une crise

Cependant, il aurait fallu, miser sur la gouvernance participative, transparente et adossée sur l’expertise (et non sur le clientélisme) pour réussir l’exécution des politiques de protection sociale et de police pour faire face à la COVID-19. Cette  « panique urbaine » n’est-elle pas une réaction contre les limites de l’assistance socio-économique aux populations sénégalaises les plus vulnérables? Elle en a tout l’air !

En effet, si on part du principe selon lequel jusqu’à présent toute la population cible n’a pas encore reçu le package alimentaire qui lui est destiné, on peut soutenir que le mode d’assistance choisie, les personnes et groupes désignés pour mener les opérations n’ont pas été les meilleurs.

Le transfert monétaire sur téléphone au lieu de l’option en nature (riz) et la désignation de techniciens supervisés par des corps neutre, pour payer par billetage à la petite minorité qui n’aurait pas de téléphone pour recevoir le transfert monétaire (au lieu d’individus politiques ou disposant de bases politiques) auraient pu nous éviter toutes ces scènes à laquelle nous avons assisté ces derniers jours.

Le mot de la fin :

Le propre de la sagesse et de la vertu est de gouverner bien ; le propre de l’injustice et de l’ignorance est de gouverner mal.” Platon