L’Office de la statistique allemande observe une augmentation du nombre de décès depuis la fin du mois de mars par rapport aux années précédentes, qu’il attribue au Covid-19. Mais le pic de surmortalité de 13% atteint début avril reste faible par rapport à ses voisins européens.

Question posée par le 22/05/2020

Bonjour,

Depuis le début de la crise du Covid-19, l’Allemagne fait office d’exemple de gestion de la crise puisque le pays de 82 millions d’habitants ne compte «que» 8 007 morts confirmés du Covid-19, selon les chiffres recensés par l’Institut allemand Robert-Koch le 19 mai. A titre de comparaison, Santé publique France dénombre 28 022 décès liés au coronavirus à la même date. Cette relative résistance allemande au virus par rapport à ses voisins européens a parfois suscité des interrogations sur la méthode de comptage employée outre-Rhin. Les méthodologies de recensement des morts pouvant en effet varier d’un pays à l’autre.

CheckNews avait déjà expliqué comment est calculé le bilan officiel en Allemagne. Les chiffres présentés par les autorités de santé ne prennent en compte que les cas confirmés (là où en France, par exemple, les cas de Covid diagnostiqués sur des bases symptomatiques, et donc sans test, sont pris en compte dans le bilan de décès). Il était donc possible que ce nombre sous-estime l’ampleur de l’épidémie dans le pays.

Ces divergences de méthode (prise en compte ou pas des maisons de retraite, des seuls cas confirmés par tests, des décès à domicile, etc.) ont nourri dans l’ensemble des pays des doutes sur la fiabilité des bilans officiels et compliqué les comparaisons des bilans des différents pays. Un des moyens de régler ces problèmes est de s’appuyer sur les données de l’état civil, qui ont le double avantage de n’oublier aucun décès, et d’être peu ou prou recoltées de la même manière dans l’ensemble des pays.

En comparant le nombre de décès, toutes causes confondues, des dernières semaines (ou des derniers mois) à la moyenne des décès des années précédentes sur la même période, on obtient une surmortalité qui donne un indice fort de l’impact du Covid pour chaque pays (même si toutes les morts en excès ne peuvent être attribuées mécaniquement au Covid). CheckNews avait déjà expliqué que cette méthode est désormais privilégiée par de nombreux médias, voire mise en avant par les autorités dans plusieurs pays.

L’observation du cas allemand à partir des données de surmortalité confirme, sans équivoque, que le bilan en Allemagne est bien meilleur qu’en France, Espagne, Italie ou au Royaume-Uni.

Pic de surmortalité de 13% début avril

En Allemagne, c’est l’Office fédéral de la statistique, Destatis, qui publie chaque semaine le nombre de décès. Dans sa dernière mise à jour du vendredi 22 mai, où figurent des données jusqu’au 26 avril, Destatis confirme qu’une augmentation du nombre de morts par rapport à la moyenne des années 2016 à 2019 «est visible depuis la 13e semaine civile (23 au 29 mars)» en Allemagne. L’office de la statistique remarque que la surmortalité la plus importante a eu lieu au cours de la semaine du 6 au 12 avril, «avec 2 251 cas en plus, soit 13 % de plus que la moyenne sur quatre ans». Depuis, le nombre de décès est en baisse en Allemagne et l’écart avec la moyenne des années précédentes se réduit, puisque pour les dernières données du 20 au 26 avril, il n’est plus que de 3% par rapport à la moyenne de 2016 à 2019.