Alors qu’elle redoute un retour du Covid, la Chine veut tirer les leçons de la première vague.

Le 6 février 2020, à 21 h 30, dans le service des soins intensifs de l’hôpital central de Wuhan, le cœur du docteur Li Wenliang cesse de battre. Alors que l’annonce de sa mort se propage déjà sur les réseaux sociaux chinois, ses collègues refusent d’abandonner le combat. Pendant trois heures, son corps est maintenu en vie par oxygénation artificielle. Finalement, dans la nuit, à 2 h 58, Li Wenliang lâche prise. Il est la 639e personne décédée du Covid-19. Dès l’annonce de sa mort, des dizaines de milliers de Chinois crient leur colère. « Que tous ces fonctionnaires qui s’engraissent avec l’argent public périssent sous la neige », s’énerve l’un d’entre eux sur le réseau social Weibo. De nombreux internautes publient une chanson issue de la comédie musicale « Les misérables », hymne des manifestants prodémocratie de Hongkong.

En plein pic épidémique, le pouvoir chinois essuie une tempête de critiques comme il n’en a pas connu depuis 1989. Les autorités sont directement visées, accusées d’avoir fait taire le jeune ophtalmologiste de 33 ans. Li Wenliang devient un héros national, un lanceur d’alerte qui a donné sa vie pour que la vérité éclate dans un pays verrouillé. La vérité, justement, est plus nuancée, la belle histoire digne de Hollywood, moins caricaturale. Membre du Parti communiste, Li Wenliang n’est pas un contempteur virulent du pouvoir chinois. Il n’a pas averti le monde entier mais alerté ses amis d’un danger potentiel, regrettant un message devenu viral malgré lui ; surtout, il n’est pas le seul ni le premier à avoir exprimé ses craintes publiquement. Pourtant, peut-être parce qu’il a été victime du mal dont il voulait prévenir ses proches, il est sans doute le seul dont on retiendra le nom. Une icône.

Qui est Li Wenliang ? Un homme ordinaire entré dans l’Histoire par un clic du doigt sur son clavier d’ordinateur. Il est né dans le Liaoning, une province du nord-est de la Chine, à la frontière avec la Corée du Nord. En 2004, il entre à l’université de Wuhan et entame un cycle de sept ans d’études de médecine. Ses amis décrivent un homme doux qui détestait le stress. Fraîchement diplômé, il travaille pendant trois ans à Xiamen puis s’en retourne à Wuhan, en 2014. Il y restera jusqu’à son dernier souffle. Sur son compte Weibo, on découvre un père et un mari aimant ; il voyageait souvent avec sa femme, enceinte de cinq mois quand il est mort, et son fils de 5 ans. Il partageait des tutoriels de massage du dos : « Après un massage le midi, vous vous sentirez beaucoup mieux ! » Comme tant d’internautes, il envoyait des photos de chats et se montrait gourmand, fan de cuisine japonaise et de wasabi en particulier. Li Wenliang était un Chinois comme un autre, qui les valait tous et que valait n’importe qui…