Joe Biden a essuyé mercredi les attaques de ses nombreux concurrents sur la scène du débat démocrate à Detroit. Réussissant parfois à les contrer, il n’a toutefois pas rassuré complètement sur sa capacité à faire face à Donald Trump.

Dix candidats sur scène et une cible commune ou presque : Joe Biden. L’ex-vice-président des États-Unis a tenté de parer les coups de ses rivaux démocrates lors d’un débat organisé mercredi 31 juillet à Detroit.

Après une piètre prestation en juin dernier, quand la sénatrice californienne Kamala Harris l’avait mis K.O sur le thème de la ségrégation raciale, le favori des sondages devait remonter la pente. « Sois sympa avec moi, gamine », lui a-t-il chuchoté avant le début de l’émission.

C’était sans compter sur tous les autres candidats. Dès les premières minutes, le maire de New York Bill de Blasio l’a attaqué : « Joe Biden a affirmé à de riches donateurs que rien ne changerait vraiment pour eux lorsqu’il serait élu président. » Patient, l’ex-sénateur du Delaware a préféré ne pas répondre immédiatement. Il a plutôt rappelé l’un de ses slogans de campagne, « restaurer l’âme du pays », et s’est adressé directement à Donald Trump en louant la diversité des États-Unis.

Bafouilles

Très vite, pourtant, les tacles ont fusé. En voulant critiquer Kamala Harris sur son projet d’assurance santé universelle, trop cher et menant à une hausse d’impôts pour la classe moyenne selon lui, Joe Biden s’est tiré une balle dans le pied. « Votre propre plan santé exclut 10 millions d’Américains, alors faites attention à ce que vous dites », lui a rétorqué l’ex-procureure. « Le coût de l’inaction est bien plus élevé », a-t-elle ajouté. « Mon plan couvrira tout le monde », a répondu un Joe Biden bafouillant à court d’arguments.

Si Kamala Harris a été sa principale concurrente en juin, cette dernière s’est montrée plutôt effacée lors de ce round. Elle a même essuyé quelques attaques de candidats sur son passé de procureure. Joe Biden n’a pas pu respirer pour autant.

Son bilan aux côtés de Barack Obama a été scruté de près. Un héritage qu’il revendique avec fierté mais qui l’a parfois handicapé. « Vous invoquez beaucoup Barack Obama mais vous ne pouvez pas le faire uniquement quand ça vous arrange », a asséné le sénateur du New Jersey Cory Booker, en forme mercredi soir.

« L’un d’entre nous a tiré les leçons du passé »

Cory Booker a notamment mis Joe Biden sur le gril au sujet de la réforme de la justice criminelle. Il lui a reproché d’avoir écrit une loi en 1994 que beaucoup considèrent aujourd’hui comme l’une des causes de l’incarcération de masse aux États-Unis. Quand le candidat de 76 ans a tenté de répondre en dénonçant le bilan de Cory Booker en tant que maire de Newark, celui-ci l’a accusé de réciter un argumentaire préparé par son équipe sans connaître le fond du dossier.

Ses concurrents ont également rappelé à l’ex-vice-président que sous l’administration Obama, le nombre de déportations de migrants a été plus élevé que sous l’administration actuelle. Alors que l’échange se tendait sur le thème de l’immigration, l’ex-secrétaire d’État au Logement de Barack Obama Julian Castro a reproché à Joe Biden de ne pas faire son mea culpa : « On dirait, monsieur le vice-président, que l’un d’entre nous a tiré les leçons du passé, et l’autre pas. »

La dernière salve de critiques est venue de deux femmes. Kirsten Gillibrand d’abord. La sénatrice de New York a reproché à Joe Biden d’avoir écrit une tribune en 1981 sur les femmes qui travaillent, une « détérioration de la famille » selon ses mots. Joe Biden s’est défendu en réaffirmant son bilan en matière de droits des femmes et en accusant Kirsten Gillibrand, qui avait loué ses actions par le passé, d’opportuniste : « Je ne sais pas ce qui a changé à part que maintenant, vous êtes candidate à la présidentielle », a-t-il raillé.

Peu rassurant

Kamala Harris en a alors profité pour reprendre le flambeau, accusant cette fois Joe Biden sur le thème du droit à l’avortement et obligeant ce dernier à rappeler ses positions pro-choix.

S’il a su mieux répondre aux attaques que lors du précédent débat, force est de constater que Joe Biden est toujours une cible facile pour ses concurrents. Éludant des questions directes, bafouillant parfois, le candidat n’a pas rassuré complètement. « Je vous garantis que si vous débattez contre Donald Trump, lui ne vous laissera pas vous en sortir », a prévenu Bill de Blasio.

Il n’est pas sûr que les derniers mots de Joe Biden aient permis de convaincre les plus sceptiques. Après avoir exhorté à choisir l’unité face à la division, le candidat a voulu imiter ses concurrents qui invitaient les télespectateurs à aller faire un tour sur leur site de campagne. « Allez sur Joe30330.com », a-t-il lancé, hésitant… et réalisant peut-être qu’il venait de confondre l’adresse web et le numéro servant à recevoir des textos.