Les électeurs doivent renouveler les 147 sièges du Parlement en deux tours, dimanche et le 19 avril.

Les Maliens ont commencé timidement à élire dimanche matin leurs députés lors de législatives à fort enjeu, organisées malgré la persistance des violences, la propagation du coronavirus et l’enlèvement du chef de l’opposition, “vraisemblablement” par une branche d’Al-Qaïda.

Les électeurs doivent renouveler les 147 sièges du Parlement en deux tours, dimanche et le 19 avril.

Ils sont tenus en principe de respecter les “gestes barrière” pour lutter contre le coronavirus, qui a fait samedi sa première victime dans le pays, où 18 cas ont été recensés.

A Bamako, des bureaux de vote ont ouvert vers 08H00 (GMT et locales), selon des journalistes de l’AFP. Ils doivent fermer à 18H00.

“Je viens voter la peur au ventre. Vous voyez, il n’y a pas de monde. Peut-être parce que c’est le matin, mais c’est aussi normal à cause de la situation”, explique un enseignant de 34 ans, Souleymane Diallo.

Dans son bureau de vote, sur la rive droite du fleuve Niger où l’affluence était faible, les “gestes barrière” ne sont pas respectés, selon un correspondant de l’AFP.

Situation similaire dans un centre de vote de Lafiabougou, autre quartier de la capitale, où les électeurs sont arrivés petit à petit, semblant faire comme si de rien n‘était, a constaté un vidéaste de l’AFP.

Peu d’affluence également à Badalabougou. “C’est n’importe quoi, aucune mesure n’a été prise! Pas de savon, pas d’eau!”, s‘écrie un électeur, masque blanc sur le nez, après avoir voté. Peu après son départ, un bidon d’eau et du savon sont installés à l’entrée du bureau de vote, selon un photographe de l’AFP.

En dehors de Bamako et des questions sanitaires, l’un des enjeux est que le scrutin puisse simplement se tenir dans les larges parties du territoire en proie à des violences quasi quotidiennes.

Les quelque 200.000 Maliens déplacés en raison de ces violences ne pourront en tout cas pas voter, car “aucun dispositif n’a été établi”, selon un responsable du ministère de l’Administration territoriale, Amini Belko Maïga.

Le mandat de l’assemblée issue des élections de 2013, qui avaient octroyé une majorité substantielle au président Ibrahim Boubacar Keïta, était censé s’achever fin 2018.

Mais les élections ont été repoussées à différentes reprises en raison de la dégradation de la sécurité et des querelles politiques.

Les attaques jihadistes, les violences intercommunautaires, le brigandage et les trafics continuent, malgré la présence de forces françaises, régionales et de l’ONU.

‘Aux mains d’Al-Qaïda’

Le leader de l’opposition Soumaïla Cissé, plusieurs fois candidat à la présidentielle, a été enlevé à quelques jours du scrutin par des inconnus armés alors qu’il faisait campagne dans son fief électoral de Niafounké, près de Tombouctou (nord).

Il est “vraisemblablement” aux mains de jihadistes se revendiquant du prédicateur peul Amadou Koufa, qui dirige l’une des branches de la principale alliance jihadiste du Sahel affiliée à Al-Qaïda, selon un élu du centre du pays et une source sécuritaire.

M. Cissé, 70 ans, et les six membres de sa délégation enlevés en même temps que lui “ont probablement changé de zone et sont loin du lieu du rapt”, selon la source sécuritaire.

Son parti a malgré tout appelé à une “participation massive”, afin de sortir “encore plus grandi de cette épreuve”, mais plusieurs autres formations d’opposition souhaitaient un report de l‘élection à cause du coronavirus.

La campagne n’a pas suscité beaucoup d’engouement. Elle a été encore plus ralentie par les mesures sanitaires et l’interdiction des rassemblements.

Pourtant, les enjeux sont importants. Pour les experts, il s’agit de faire enfin progresser l’application de l’accord de paix d’Alger.

L’accord a été signé en 2015 entre les autorités et les groupes armés indépendantistes, notamment touareg, qui avaient pris les armes en 2012. Il ne concerne pas les groupes jihadistes. Mais sa mise en oeuvre est considérée comme un facteur essentiel d’une sortie de crise, à côté de l’action militaire.

Il prévoit plus de décentralisation via une réforme constitutionnelle. Certains opposants estiment que la réforme ne peut être adoptée par l’Assemblée actuelle car celle-ci est jugée par beaucoup “légale mais plus légitime”, selon Bréma Ely Dicko, sociologue à l’université de Bamako.