Des hôtels transformés en hôpitaux faute de lits, des lignes de train à l’arrêt faute de conducteurs, des restaurants fermés faute de serveurs… La vague omicron n’en finit pas de faire des dégâts en Australie, un pays pourtant longtemps épargné par le Covid-19. Dans ce contexte, l’affaire Djokovic apparaît comme un moyen pour le gouvernement australien de montrer son intransigeance sur les règles sanitaires. Alors même que sa gestion de la pandémie est décriée.

Il est loin le temps des donuts, ces beignets utilisés sur les réseaux sociaux pour afficher «0» et se vanter d’un nombre nul de nouveaux cas de Covid-19, notamment dans Victoria, Etat d’Australie connu pour avoir subi le plus long confinement au monde (262 jours). A l’échelle du pays, les chiffres donnent aujourd’hui le vertige : 128 185 nouveaux cas rapportés jeudi, plus de 1,5 million au total et un pic qui n’arrive toujours pas. Mauvais pour l’image, mauvais pour les élections fédérales prévues avant mai 2022. Et, de fait, alors que 65 % des Australiens interrogés par le Guardian soutenaient la gestion de la pandémie par le Premier ministre, Scott Morrison, en février 2021, ils n’étaient plus que 46 % en décembre.

«Trop petit et trop tard»

A la lumière des sondages, la nouvelle annulation du visa de Novak Djokovic par le ministre de l’Immigration, Alex Hawke, vendredi, alimentant une saga qui dure depuis dix jours, prend une dimension politique. Et à cet égard, le message du Premier ministre est clair : «Cette pandémie a été incroyablement difficile […] mais nous sommes restés soudés et nous avons sauvé des vies et des emplois. Les Australiens ont fait beaucoup de sacrifices et ils sont en droit d’espérer que le produit de ces sacrifices soit protégé.» Nul doute que le sondage de Newscorp paru jeudi matin ait joué aussi : 83 % des Australiens disaient vouloir que Djokovic quitte le pays.

Pourtant, en Australie, personne n’est dupe. La sénatrice (Labor, parti de l’opposition) Kristina Keneally a ainsi tancé le chef de l’Etat : «M. Morrison n’est pas capable de gérer le programme de vaccination. Pas capable de gérer les tests antigéniques rapides. Pas capable de gérer les frontières.» Réagissant à l’annulation du visa du numéro 1 mondial sur Twitter, elle enfonçait le clou : «Djokovic n’aurait même pas dû avoir ce visa au départ. Cet incident embarrassant et grotesque aurait pu être évité. M. Morrison et ses ministres agissent toujours trop petit et trop tard.»

Côté pandémie, l’Australie a vécu au rythme de décisions parfois opposées d’un Etat à l’autre en 2020 et une grande partie de 2021. Mais en septembre, après avoir poursuivi une stratégie d’éradication, la «forteresse Australie» a pris la décision de «vivre avec le virus» et de «sortir de la grotte» avec l’ouverture des frontières à la clé. C’était sans compter le variant omicron et sa propagation fulgurante.

Ruptures de stock

Le 3 janvier, Dan Duan, un médecin de Sydney, prévient dans les médias que «l’hôpital risque d’être débordé par un tsunami de patients». Le système de traçage des cas contacts ne peut plus suivre la cadence et les centres de test voient les files d’attente s’allonger sur des heures. Et les résultats mettent parfois plus d’une semaine à arriver aux patients.

Pour tenter de désengorger les centres, le gouvernement mise sur les tests antigéniques rapides (RAT) – dont le nombre n’a pas été provisionné et qui ont rapidement connu des ruptures de stock. Quant à la définition de ce qu’est un cas contact, elle désigne désormais quiconque est exposé quatre heures à une personne positive. Plus question donc d’enfermer quinze jours des milliers de supporteurs ayant assisté au même match qu’un malade.

Malgré ces nouvelles directives, le système souffre. Les services essentiels tirent la langue, les petits commerces aussi : les rayons sont vides. Selon le Premier ministre, 10 % des travailleurs sont malades ou en quarantaine, ce qui plombe la bonne marche du pays. D’où une évolution du protocole jeudi : les personnes ayant un test négatif pourront travailler si elles sont employées par des industries comme la distribution ou les transports. Qu’importe la période d’incubation ou le prix des tests. Les syndicats désapprouvent. La population, elle, consomme moins que prévu et va jusqu’à s’auto-confiner.