Emmanuel Macron sera-t-il un jour de nouveau invité au Puy du Fou ? Rien n’est moins sûr. Pour le comprendre, il suffit de lire l’interview de Philippe de Villiers à « Valeurs actuelles », à paraître jeudi 11 octobre. « Je pense hélas, qu’il n’habite pas la fonction et se trompe d’urgence », assène le très catholique vendéen, figure de la droite souverainiste, en promotion pour son livre « Le mystère Clovis » (Albin Michel). L’amitié entre le chef de l’Etat et le fondateur du Mouvement pour la France, né un jour chaud d’août 2016, s’est éteinte.

« J’avais l’espoir naïf, comme tant d’autres, qu’Emmanuel Macron aurait compris cette mission métapolitique », juge le patron du Puy du Fou assurant que le « président de la République a une mission vitale : sauver la civilisation française ». Et de préciser :

« Or, quand j’ai vu la fête de la Musique à l’Élysée, avec les transexuels en résille, et le doigt d’honneur des Antilles, j’ai compris qu’il n’avait pas compris »

Et même si la politique, pour Philippe de Villiers, est terminée, ce dernier ne peut s’empêcher d’analyser : « Je pense aujourd’hui qu’il est peut-être le phénomène ultime de l’accomplissement de cette hybridation, unique dans l’histoire, de l’extrême-centre, caractérisé par le rejet de la politique, et du marketing, qui est son effacement au profit de l’image ». Conclusion, Emmanuel Macron s’est « sarkoïzé à vitesse grand V ».

« Philippe de Villiers a toujours été libre »

Que s’est-il passé entre les deux hommes ? « Philippe de Villiers a toujours été libre », fait valoir un de ses proches. « Il a vu ce qu’il s’est produit, il a observé l’action du chef de l’Etat. Il dit ce qu’il pense. Si cela paraît violent, c’est qu’il n’avait pas parlé depuis longtemps », explique-t-on dans son entourage où l’on précise que les contacts avec Emmanuel Macron s’étaient raréfiés depuis l’épisode de Notre-Dame-des-Landes.

Pourtant, à ce moment-là, tout allait encore bien entre eux. « C’est une décision qui me réjouit le coeur car elle est conforme à l’intérêt général et au bien commun. Enfin, on tranche », jugeait Philippe de Villiers quand le gouvernement avait enfin décidé d’abandonner le projet très controversé d’aéroport. Le Vendéen y trouvait son intérêt : le temps de trajet, d’environ une heure entre l’aéroport de Nantes-Atlantique et le parc d’attractions du Puy du Fou qu’il a créé, aurait été triplé si Notre-Dame-des-Landes s’était concrétisé.

Quelques mois plus tard, les deux hommes s’étaient retrouvés, toujours en Vendée, dans la ville des Herbiers. Emmanuel Macron assure : il n’y a « pas d’ambiguïté » dans ses relations avec le patron du Puy du Fou. Il précise :

« C’est quelqu’un – je le connais depuis 2016 – (…) avec qui on a eu des discussions hautes en couleur, mais qui porte des convictions – certaines qui sont irréconciliables et d’autres qui permettent une confrontation utile. »

De son côté, Philippe de Villiers estime alors « incontestable » qu’Emmanuel Macron « incarne la verticalité de la fonction » de président. Mais de préciser : « Il n’est pas aligné sur mes idées et je ne suis pas aligné sur les siennes ».

« Le Signe du triomphe »

Ce non alignement des « valeurs » et des « idées » n’avait pas rendu impossible la naissance d’une amitié incongrue entre un progressiste et un ultraconservateur. Emmanuel Macron avait eu le bon goût de répondre à une invitation lancée par Philippe de Villiers, un soir qu’il dînait à une table voisine à La Rotonde, à Paris. Le 19 août 2016, celui qui s’apprête à quitter Bercy pour se lancer à la conquête de l’Elysée voulait adresser un signal politique clair à la droite en se rendant au Puy du Fou – « je ne suis pas socialiste » – et montrer qu’il n’est pas sectaire. Quitte à faire hurler une gauche outrée de le voir s’afficher avec un tel réac. Onze jours plus tard, il quittait Bercy.

Sur place, Emmanuel Macron avait été reçu comme un prince : un rapace se pose sur la tête de Brigitte et le couple assiste, cela ne s’invente pas, au spectacle de course de chars romains intitulé… « le Signe du triomphe ». Avant un dîner à quatre : le couple Macron et les Villiers père et fils.

Dans une interview à « l’Obs », le candidat explicitera ensuite sa démarche : veiller, selon lui, à ne pas « humilier » une partie du pays, celle qui a, par exemple, défilé avec La Manif pour tous, « sinon des lieux comme le Puy du Fou deviendront des foyers d’irrédentisme ». Les Villiers avait les yeux qui brillaient. Et n’allez pas leur dire que le Puy est un temple de droite. « On se sent affectivement beaucoup plus proche de Macron », assurait alors Nicolas de Villiers à « l’Obs ». Mais ça, c’était avant l’été 2018, les polémiques qui se multiplient à chaque déplacement présidentiel et l’approche des élections européennes. A « Valeurs actuelles », Philippe de Villiers se peut s’empêcher de lancer :

« J’ai entendu notre président dénoncer ‘la lèpre populiste’. Je lui réponds: ‘Emmanuel, je porte ma crécelle, je suis lépreux.’ Être progressiste, aujourd’hui, c’est être pour l’enfant sans père, pour l’abolition de toute frontière, de tout État, de toute souveraineté, pour le glyphosate, le multiculturalisme qui conduit à des sociétés multidécolorés ? »