Ramia Daoud Ilias, yézidie enlevée par Daech, a été abusée à de multiples reprises. Le JDD publie des extraits de son livre témoignage à paraître mercredi.

En août 2014, l’Etat islamique, étendant son emprise de part et d’autre de la frontière syro-irakienne, s’attaque au Sinjar, territoire du nord-ouest de l’Irak où vivent les yézidis turcophones. La famille de Ramia Daoud Ilias est capturée. Elle et sa mère sont réduites en esclavage, chacune de son côté : Adoul est vendue à de simples combattants, sa fille sert de jouet sexuel aux chefs de l’organisation djihadiste. Ramia parvient à s’enfuir en juin 2015, Adoul sera libérée contre rançon six mois plus tard. Malgré la souffrance et le poids des tabous, elles ont choisi de faire le récit de leur calvaire avec l’aide de deux journalistes, dont Antoine Malo, grand reporter au Journal du Dimanche. Le JDD publie des extraits de son livre témoignage à paraître mercredi chez Stock*.

« J’aurais préféré qu’il me tue »

[…] « Il n’a fallu que deux jours pour que le suivant se présente. Il s’appelait Abou Saad, était un ami d’Abou Mokhtas. A ce que j’en ai compris, il occupait de hautes fonctions au sein du commandement militaire de Daech. Ils sont arrivés tous les deux chez Abou Harith, où je vivais. Au début, je ne savais pas avec lequel des deux j’allais repartir. C’est finalement ce petit être grassouillet et sans âge qui m’a prise avec lui. Bien sûr, je ne suis pas allée chez lui. Avec sa femme et ses enfants, il devait sûrement jouer au bon père de famille. Nous avons donc roulé une grosse dizaine de minutes, traversé le fleuve qui sépare Mossoul en deux, avant de nous arrêter devant une sorte de résidence au milieu d’un quartier aux rues étroites. Abou Saad, mon nouveau propriétaire, m’a conduite dans une chambre au premier étage. Les fenêtres et la porte qui s’ouvrait sur un balcon avaient été recouvertes d’un film opaque, plongeant la pièce dans une quasi-obscurité. Quand je suis arrivée, le rez-de-chaussée était plein de combattants. »

« Avant 22 heures, je le sais, car à cette heure-là l’électricité est coupée dans la ville, il m’avait déjà affublée d’un nouveau nom. ‘Ce sera Aïcha’, a-t-il lancé, en caressant sa barbe comme s’il avait fait preuve d’une folle originalité. Aïcha, la femme du Prophète… Lui aussi a voulu organiser notre mariage. Dans la chambre, j’ai trouvé une robe. J’ai refusé de la mettre jusqu’au moment où il a sorti une sorte de matraque aussitôt brandie au-dessus de ma tête. ‘Qu’est ce que tu veux d’autre? a-t-il vociféré. Tes parents sont morts, ton mari est mort. Je suis le seul à pouvoir m’occuper de toi et te protéger. Tu es seule, complètement seule maintenant! Alors obéis-moi, espèce de salope ingrate!’ Il ne comprenait rien. Il n’avait pas saisi que j’aurais préféré qu’il me tue. »

*Prisonnières, Adoul Abdou Haji et Ramia Daoud Ilias, avec la collaboration d’Alfred Hackensberger et d’Antoine Malo, Stock, 222 p., 18,50 €.