Les tueries d’El Paso et de Dayton ce week-end, ont relancé le débat sur le port d’armes aux Etats-Unis. Donald Trump a appelé à un accord bipartisan mais les freins sont nombreux.

Les fusillades d’El Paso et de Dayton ont fait 29 morts le week-end dernier. Depuis le début de l’année aux Etats-Unis, près de 300* tueries de masse ont eu lieu. Un nombre qui pose une nouvelle fois la question du port d’armes dans le pays. Lundi, Donald Trump a appelé le Congrès à entériner de « bonnes » réformes. Cependant, comme c’est souvent le cas à propos de ce sujet aux Etats-Unis, les débats sont crispés et il est peu probable que des changements majeurs interviennent.

Donald Trump appelle à trouver des « solutions bipartisanes »

Plusieurs élus démocrates, dont des candidats à la primaire comme Beto O’Rouke, tentent pourtant de se saisir du sujet. Ils exhortent à mettre fin au cycle de la violence après ces énièmes massacres. Voici leurs principales propositions :

  • Etendre les vérifications sur les antécédents des acheteurs pour presque toutes les ventes d’armes à feu.
  • Interdire les fusils d’assaut de type militaire.
  • Rendre illégaux les chargeurs de grande capacité.

Des propositions qui ne rencontrent pas le même enthousiasme chez les élus républicains. Donald Trump s’est lui exprimé sur le sujet lundi, appelant sur Twitter républicains et démocrates à s’unir pour trouver des « solutions bipartisanes ».

Un projet de loi bloqué par le Sénat

Mais plusieurs élus démocrates lui ont rappelé que la Chambre des représentants avait déjà adopté il y a plusieurs mois un projet de loi allant dans le sens d’une meilleure régulation des ventes d’armes à feu, empêchant notamment le transfert d’armes à feu lors de foires ou entre des individus sans vérification des antécédents.

Mais ce texte est bloqué par le Sénat et notamment par Mitch McConnell, le chef de la majorité républicaine à la chambre haute. « Si le leader McConnell pouvait juste amener ce projet de loi au Sénat, je pense qu’il serait adopté », a lancé Chuck Schumer, chef de la minorité démocrate, mardi. Dans un message posté sur Twitter et retweeté par Donald Trump, Mitch McConnell a lui visé les Démocrates, considérant que « la théâtralité partisane et la rhétorique de campagne ne feront que nous éloigner des progrès que tous les Américains méritent ».

Les renoncements de Barack Obama

Le sujet est en effet sensible et des compromis sont difficiles à dégager. Le droit de se protéger et donc de posséder et de porter des armes est garanti par le deuxième amendement de la Constitution américaine. Le remettre en cause est un pari politique ultra risqué.

Lors de ses deux mandats, Barack Obama a prononcé 14 discours pour réclamer des actions concrètes après des fusillades. En 2012, il était apparu ému aux larmes après la tuerie dans une école primaire de Newtown (27 morts dont 20 enfants). Il avait alors prôné pour une limitation de l’accès aux armes d’assaut et s’était prononcé pour la généralisation de l’examen des antécédents des acheteurs d’armes, mais n’avait pas réussi à convaincre le Sénat butant sur la défiance des républicains ainsi que celle de certains démocrates.

Depuis, la situation semble avoir évolué. Même le journal conservateur de Rupert Murdoch, The New York Post, a directement interpellé Donald Trump lundi en lui demandant d’interdire les armes de guerre.

Certains élus républicains se montrent également plus ouverts sur la question. Le sénateur Lindsey Graham, un fidèle de Donald Trump, a annoncé qu’il comptait co-rédiger une législation afin de garantir la possibilité – pour les forces de l’ordre et les proches d’une personne qui pourrait être un danger pour elle-même ou son entourage – de lui retirer, temporairement, ses armes.

Le républicain Adam Kinzinger a également annoncé qu’il soutenait une telle législation et veut même aller plus loin. « Il est temps pour des vérifications d’antécédents universelles pour les achats d’armes, d’élever à 21 ans l’âge pour acquérir une arme à feu et de bannir certains des chargeurs à grande capacité », a écrit dans une tribune cet élu de l’Illinois à la Chambre des représentants. « Nous devons adopter des réformes de bons sens », a aussi tweeté le sénateur républicain de Floride, Marco Rubio.

L’ombre de l’élection présidentielle

Pas sûr que cela suffise à convaincre Mitch McConnell car, à un an et demi de la prochaine élection présidentielle, la question est également hautement politique. Avec 5 millions de membres, la National Rifle Association pèsera, comme à chaque fois, sur le scrutin. Une donnée qui ne devrait pas échapper à Donald Trump qui a encore déclaré, en avril devant le lobby pro-armes, que de nombreuses vies auraient pu être sauvées lors des attentats du 13 novembre 2015 à Paris si la réglementation française était moins stricte.

Lundi, le président américain a tenté un nouveau coup politique. Il a proposé de coupler une réforme sur le port d’armes avec sa loi sur l’immigration qu’il tente d’imposer depuis le printemps mais qui rencontre une franche opposition au Congrès. Il n’a en revanche pas dit comment.

*Selon Mass Shooting Tracker, les Etats-Unis ont connu 297 fusillades de masse faisant 348 morts depuis le début de l’année 2019. En 2018, 426 fusillades ont été dénombrées pour 528 morts.