Le tribunal administratif a annulé le plan local d’urbanisme de Gonesse dans le Val-d’Oise, supprimant la base juridique de l’implantation du centre commercial géant porté par le groupe Auchan.

La pose de la première pierre d’EuropaCity vient de s’éloigner encore un peu plus. Après l’annulation, en mars 2018, de l’arrêté autorisant la création d’une zone d’aménagement concerté sur le Triangle de Gonesse (Val-d’Oise), c’est le Plan local d’urbanisme de la commune qui vient d’être annulé ce mardi, par le même tribunal administratif de Pontoise. L’enquête publique qui avait précédé la révision de ce document s’était déjà terminée par un avis défavorable. Le complexe bien garni (commerces, hôtels, salles de spectacle, ferme pédagogique, centre aquatique, piste de ski indoor et autres aménités), projet de 3,1 milliards d’euros porté par le groupe Auchan et l’investisseur chinois Wanda, n’en finit plus de ramasser des tuiles.

Dans sa décision, le tribunal administratif reprend les nombreuses expertises environnementales pour souligner «l’impact écologique très important» du projet. Il estime que les documents publics pour la révision du PLU, «en ne présentant aucune alternative sérieuse à un projet de nature à affecter considérablement l’environnement local et régional» ont eu pour effet de «nuire à l’information complète de la population». La commune de Gonesse se retrouve donc avec son PLU actuel et ses terres agricoles. Elle compte faire appel.

«Grands projets inutiles»

Sur les 280 hectares du Triangle de Gonnesse, terres agricoles qui s’étalent le long de l’A1 entre les aéroports du Bourget et de Roissy-Charles-de-Gaulle, EuropaCity est supposé occuper une surface de 80 hectares environ. Lancé en 2013 par le groupe Auchan qui promettait de créer 12 000 emplois sur fonds privés, le projet n’a d’abord rencontré que des oppositions locales. Trois ans plus tard, après le débat public de 2016, il avait pratiquement tout le monde contre lui : les associations de défense de l’environnement, les groupements de commerçants, les concurrents d’Unibail, les élus des départements et des communes autour de Gonesse, jusqu’au ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot, qui se prononçait alors contre ce type de «grands projets inutiles».

Reste qu’aujourd’hui, EuropaCity bénéficie encore d’un soutien et de taille : celui de l’Etat. Propriétaire des terrains, l’établissement public Grand Paris Aménagement n’a jamais reçu de sa tutelle la consigne d’arrêter les frais. Au contraire, les pouvoirs publics ont plutôt aidé les dirigeants d’EuropaCity à atténuer les excès de leur copie. Côté architecture, «on est parti d’une soucoupe volante et nous n’en sommes plus là, souligne Thierry Lajoie, président de l’établissement public. Aujourd’hui, au plan urbain, environnemental, commercial et social, les avancées ont été très nombreuses». Des retards entraînés par les recours, il dit que «ces délais de procédure font partie du calendrier». Globalement, «l’Etat soutient le projet».

Même quand il ne semble pas le faire. En reportant à 2027, au lieu de 2024, l’ouverture de la gare Triangle de Gonesse sur la ligne 17 du Grand Paris Express, le gouvernement n’a pas tant freiné EuropaCity que fourni un utile délai à ses promoteurs. Ils n’auront pas trop de temps en effet pour peaufiner un modèle économique de moins en moins convaincant.

Impératifs

Désormais associé à parts égales avec le groupe chinois Wanda, Auchan doit faire face à des résultats qui ne cessent de se dégrader. Lors du lancement d’EuropaCity en 2013, le chiffre d’affaires en France était en baisse de 1,1% mais le résultat du groupe progressait de 3,4% grâce aux implantations en Europe centrale, en Europe de l’est et en Asie. Bref à l’époque, la question portait sur le renouvellement d’une grande distribution à la peine. L’idée de faire d’un lieu de shopping une «destination» touristique pouvait apparaître, aux yeux des intéressés, comme une solution, bien que peu conforme aux impératifs du développement durable et un rien dépassée.

Faible au départ, ce raisonnement tient-il encore ? La réponse est dans les chiffres du groupe Auchan. Le 8 mars, le groupe annonçait 1 milliard de pertes pour 2018. Finalement, peut-être la main invisible du marché arrêtera-t-elle ce que les défenseurs de l’environnement ne sont pas parvenus à empêcher jusqu’à présent. En attendant, le collectif Europasdutout entend déjà dans cette décision «le glas du complexe commercial EuropaCity». De son côté, le Collectif pour le Triangle de Gonesse demande à l’Etat, au nom de «l’urgence climatique, d’abandonner l’urbanisation du Triangle de Gonesse».