L’Association pour le soutien du théâtre privé proteste vigoureusement contre le projet de loi visant à supprimer la taxe de 3,5% sur la billetterie, destinée à financer la création. Elle serait remplacée par une subvention de l’Etat.

Reçue aujourd’hui par le ministère de la Culture, l’Association pour le soutien du théâtre privé (ASTP) compte frapper du poing sur la table après l’adoption, le 18 octobre, d’un projet de loi visant à supprimer la taxe de 3,5% sur la billetterie. Destinée à financer la création depuis sa mise en place en 1964, elle serait remplacée par une «subvention de l’Etat de 8 millions d’euros», a-t-on appris dans un communiqué de Stéphane Hillel, président de l’ASTP et directeur du théâtre de Paris. Ce qui ne l’enchante guère. L’association a dénoncé «le caractère incohérent et dangereux d’un projet élaboré sans aucune concertation, qui suscite l’opposition unanime de la profession».

«On va vers une étatisation du théâtre privé»

Dans les Echos, Bertrand Thamin, président du syndicat national du théâtre privé, développait : «Cette subvention nous fragilise car elle peut sauter avec un autre gouvernement. En outre, elle risque d’être attribuée en fonction de la ligne artistique quand, avec la taxe actuelle, le spectateur garantit notre diversité. Sous couvert d’une mesure technique, on va vers une étatisation du théâtre privé.» Une lettre ouverte à au ministre Franck Riester signée par 600 personnalités et professionnels du théâtre, une pétition de plus 1 600 signataires et un communiqué de la Fédération CGT Spectacle se sont ajoutés aux soutiens, faisant tous part de leur consternation face à la suppression d’une redevance qui permet, grâce aux succès des uns, de compenser les échecs commerciaux des autres.

«Contre-vérité»

Reste que cette taxe avait déjà été pointée du doigt par certains membres de la profession, proches de l’exécutif. Dans un portrait du Monde consacré à Jean-Marc Dumontet en février dernier, le directeur de nombreuses salles privées parisiennes (parmi lesquelles le théâtre Antoine et le Point-Virgule) se targuait de ne pas toucher un seul centime généré par cette redevance, considérant que «ces subventions devraient être réservées aux petites salles, pas aux gros acteurs du secteur». Surpris et froissé, le président de l’ASTP avait tout de suite réagi, qualifiant de «contre-vérité» les propos du producteur et conseiller d’Emmanuel Macron : «Le fonds de soutien permet de continuer à faire de la création théâtrale, mais personne n’en vit. Sans ce fonds, les groupes arrêteraient d’investir dans des salles et un pan du théâtre disparaîtrait.» Un argument de peu de poids, visiblement.