La guerre commerciale a été déclarée par le président américain il y a presque un an. Si un accord avec la Chine semble de plus en plus proche, il pourrait bien être moins ambitieux que ne l’attendait Donald Trump, qui, du coup, hausse à nouveau le ton contre les Européens.

Cela fait bientôt un an, déjà, que Donald Trump a lancé ses offensives commerciales tous azimuts sur les principales puissances économiques du monde. Le 8 mars 2018, le président américain signait le décret imposant des taxes sur les importations d’acier et d’aluminium. Il s’en est suivi une série de contre-attaques, de menaces et de surenchères avec la Chine et l’Union européenne.

Après plusieurs mois de tensions, les relations ont commencé à se réchauffer à partir de l’été. Donald Trump a signé un cessez-le-feu avec l’Union européenne fin juillet, puis un nouvel accord de libre-échange avec le Mexique et le Canada fin septembre. Avec la Chine, la véritable bête noire du locataire de la Maison Blanche, l’escalade a perduré jusqu’au 1er décembre, date du début de la trêve entre les deux géants.

Ce calendrier traduit parfaitement la façon dont Donald Trump voit et pratique la politique internationale. Auparavant businessman, le président américain fait en politique ce qu’il faisait autrefois en affaire: signer des contrats. Sa méthode? Faire pression sur l’adversaire, l’asseoir à la table des négociations et lui soutirer le plus de concessions possibles. A-t-elle fonctionné? Trop tôt pour le dire. À ce stade, il semblerait plutôt qu’elle soit en train de se retourner contre lui.

Le déficit commercial n’est plus le seul objectif

Depuis plusieurs semaines, les choses s’accélèrent avec Pékin. Il faut dire qu’à l’origine, la fin de la trêve était fixée au 1er mars et, en l’absence d’accord, Washington menaçait de faire passer de 10% à 25% les droits de douanes sur 200 milliards de dollars d’importations venues de l’empire du Milieu.

Obsédé par le déficit commercial abyssal de 375 milliards de dollars des États-Unis vis-à-vis de la Chine, Donald Trump a d’abord demandé aux Chinois d’acheter plus de produits américains. Vendu! Ils importeront plus de soja, d’avions, de semi-conducteurs et de gaz « Made in USA ». Mais le président américain a aussi pris conscience, que le jeu déloyal de Pékin est au moins aussi important que la réduction du déficit commercial.

Lever les barrières d’accès au marché chinois pour les entreprises américaines, mettre fin aux transferts de technologie forcés, à la manipulation du yuan… sont devenus des conditions sine qua non aux yeux du locataire de la Maison Blanche à la signature d’un accord. Ce sont désormais ces thèmes qui sont au centre des négociations entre les deux pays.

« Donald Trump s’est lui-même mis la pression »

Des négociations qui d’ailleurs « se passent très bien » et qui font « d’énormes progrès », selon Donald Trump, toujours plus dithyrambique dès qu’il aborde le sujet. Pourquoi tant d’enthousiasme? « Le conflit commercial avec la Chine a un impact très fort sur les marchés boursiers, il essaie de les calmer », analyse l’économiste Sébastien Jean, directeur du Centre d’études prospectives et d’informations internationales (Cépii).

Fidèle à lui-même, le président américain en fait sans doute trop. Dimanche, il a repoussé la fin de la trêve avec Pékin, sans fixer de nouvelle date, mais a laissé entendre que les choses pourraient aboutir d’ici « la semaine prochaine ou la suivante ». Il a même évoqué l’idée de faire venir Xi Jinping pour signer l’accord. Avec toutes ces déclarations, le locataire de la Maison Blanche ne fait que « renforcer l’attente », constate Sébastien Jean. « Donald Trump s’est mis lui-même la pression pour arriver à un accord. Si les négociations venaient à échouer, on ne comprendrait pas pourquoi », selon l’économiste, et les marchés pourraient sérieusement mal accueillir une telle nouvelle.

Dans l’entourage du président américain, la crainte est qu’il finisse par accepter un accord bradé. Son représentant au Commerce Robert Lighthizer est d’ailleurs bien moins pressé de conclure le deal. Il reste « encore beaucoup de travail », a-t-il déclaré mercredi devant la Chambre des Représentants, rappelant que la fin de la trêve est reportée « jusqu’à nouvel ordre ». Et puis, malgré toutes ces avancées, Donald Trump reste imprévisible, un échec des négociations ne peut être totalement exclu.

Quelle que soit la teneur de cet accord et s’il est conclu, il ne serait qu’une étape dans le rééquilibrage des relations commerciales avec la Chine. La bataille va de toute façon se poursuivre à l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Pour lutter contre le jeu déloyal de Pékin, les Etats-Unis travaillent depuis plusieurs mois sur une réforme des règles de l’institution avec le Japon et l’Union européenne.

Surtaxer les voitures européennes

Donald Trump n’est pas tendre avec le Vieux contient. Certes les Européens ont tout intérêt à un apaisement des tensions commerciales entre Américains et Chinois, qui aujourd’hui plombent le commerce mondial. Cependant un renforcement des liens entre les deux géants pourrait se faire « sur le dos des Européens », concède Sébastien Jean. Si Pékin s’engage à acheter davantage de Boeing par exemple, cela se fera au détriment des Airbus.

Surtout, Donald Trump a ressorti sa menace de surtaxer les importations de voitures européennes. Le représentant au Commerce lui a remis un rapport évaluant si elles représentaient une menace pour la sécurité nationale. Le président américain a jusqu’à mi-mai pour prendre une décision. Il a prévenu qu’il mettrait sa menace à exécution si aucun accord n’est signé avec Bruxelles d’ici là.

« Donald Trump m’a donné sa parole »

Pourquoi s’en prendre aux Européens? Donald Trump semble une fois encore focalisé sur le solde commercial. Les Etats-Unis ont un déficit de près de 140 milliards d’euros avec l’Union européenne, dont un quart sur les échanges de voitures. Mais dans l’entourage du président américain comme chez les économistes, personne ne juge cette stratégie pertinente.

Certes, les droits de douanes européens sur les véhicules américains sont de 10%, alors qu’aux Etats-Unis ils ne sont que de 2,5%. Ca tombe bien, dans leur pacte de non-agression de juillet, Jean-Claude Juncker et Donald Trump se sont engagés à trouver un accord sur les éléments les moins sujets à conflit. Parmi eux, Bruxelles propose de supprimer les droits de douanes sur les produits manufacturés, dont les voitures. Mais ce n’est pas pour autant que les marques américaines exporteront plus vers l’Europe. Les modèles qu’elles proposent, de taille souvent démesurée, ne conviennent pas à la clientèle du Vieux Continent. En outre, les importations de pickups et SUV européens sont taxés à 25% aux Etats-Unis pour protéger les constructeurs américains. Donald Trump accepterait-il de supprimer ces droits de douanes?

En attendant, à Bruxelles on s’en tient au cessez-le feu du mois de juillet. « Donald Trump m’a donné sa parole qu’il n’y aurait pas, pour l’instant, de taxes douanières sur les voitures. Je le crois », a déclaré la semaine passée Jean-Claude Juncker. Par précaution, les Européens ont déjà préparé leur contre-attaque, si le président américain venait à mettre sa menace à exécution. La commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmstrom se rendra à Washington mercredi. Finalement, comme dans les discussions avec la Chine, tout peut arriver avec Donald Trump. Alors que la guerre commerciale va souffler sa première bougie, personne n’est à l’abri de nouveaux rebondissements.