La nouvelle Constitution proposée par le président guinéen Alpha Condé a recueilli plus de 90 % de « oui » lors du référendum du 22 mars boycotté par l’opposition, a indiqué vendredi 27 mars la commission électorale qui publiait les premiers résultats provisoires. La proposition a donc recueilli 91,59 % de « oui » et 8,41 % de « non », pour un taux de participation estimé à 61 %, a dit aux journalistes le président de la commission, Amadou Salifou Kébé.

Désormais, la Guinée se voit forte d’une Constitution « qui répond aux besoins actuels » avait vanté le pouvoir, notamment sur les droits des femmes, la lutte contre les mutilations génitales féminines, la gratuité de la scolarité, l’écologie, la répartition des revenus de l’État, selon les textes modifiés. L’élection a été boycottée par l’opposition qui y voit un stratagème du chef de l’État pour briguer, à 82 ans, un troisième mandat fin 2020 et la nouvelle Constitution qui doit l’y aider. Depuis mi-octobre 2019, une crise politique a entraîné le pays dans des violences qui ont fait des dizaines de morts. Des dizaines, voire des centaines de milliers de Guinéens sont descendus dans la rue à l’appel d’un collectif de partis d’opposition, de syndicats et de membres de la société civile. Avant le vote, plus de 30 civils et un gendarme avaient été tués. Des dizaines d’opposants ont été arrêtés et jugés. Les brutalités policières sont constamment dénoncées.

Le référendum constitutionnel a lui-même été entaché de violences qui ont fait des dizaines de morts le jour de sa tenue dimanche dernier et les jours suivants à Conakry et en province selon l’opposition. Les autorités reconnaissent quelques morts tout en assurant que la consultation s’est déroulée sereinement. Le référendum a donné lieu à Nzérékoré (sud), l’une des plus grandes villes du pays, à des affrontements intercommunautaires meurtriers, des attaques d’églises chrétiennes et de mosquées et des saccages.

Les conditions dans lesquelles se sont déroulés le référendum et les législatives, qui ont eu lieu simultanément, ont été critiquées par les États-Unis, la France et la diplomatie européenne. « Le caractère non inclusif et non consensuel de ces scrutins et du fichier électoral porte atteinte à la crédibilité de ces élections », a dit cette semaine la porte-parole du chef de la diplomatie européenne Josep Borrell. Elle a qualifié « d’inacceptables » les violences et « l’usage disproportionné de la force » par les policiers et les gendarmes. Mêmes propos du côté de Paris. Washington a remis en question la régularité des listes électorales et reproché au pouvoir de n’avoir pas renoué le dialogue avec l’opposition. Toutes critiques déjà connues. Après avoir une première fois repoussé l’échéance de trois semaines, Alpha Condé et son gouvernement ont décidé de passer outre, tout comme à l’absence d’observateurs internationaux et à l’apparition du coronavirus. Le vote a bien eu lieu alors que l’épidémie accaparait l’attention internationale.

Alpha Condé a été élu en 2010 et réélu en 2015. L’actuelle Constitution limite à deux le nombre de mandats, la nouvelle, proposée par le chef de l’État, également, tout en en portant la durée à six ans. Ancien opposant historique devenu premier président démocratiquement élu après des décennies de régimes autoritaires, Alpha Condé entretient l’ambiguïté sur ses ambitions personnelles, qui ne font aucun doute pour ses adversaires. Pour eux, la nouvelle Constitution doit lui permettre de remettre son compteur présidentiel à zéro et marcher sur les pas d’autres dirigeants africains qui ont plié la loi fondamentale à leurs aspirations personnelles. Ils dénoncent la dérive « dictatoriale » du président Condé et un « coup d’État » constitutionnel. Pourquoi serait-il impossible d’autoriser un troisième mandat comme dans d’autres pays, demande régulièrement le président guinéen.

L’issue du vote est « une victoire pour Condé, lui permettant de se présenter pour ce troisième mandat convoité », dit Eric Humphery-Smith, analyste auprès de la firme de consulting britannique Verisk Maplecroft. Mais elle le laisse « probablement encore plus isolé politiquement », avec de moins en moins d’alliés en dehors de son parti et des options limitées en cas de second tour à la prochaine présidentielle, dit-il à l’AFP.