Avant même d’avoir commencé, le débat sur l’immigration voulu par Emmanuel Macron agite fortement le groupe LREM.

Le malaise est perceptible. Son point de départ ? Le virage droitier opéré par le chef de l’Etat en matière d’immigration alors que rien dans l’actualité ne semblait le commander. «J’attendais les mesures du fameux “acte 2 du quinquennat”, le tournant à gauche… et puis on a une rentrée au son de l’immigration, cingle une députée de l’aile sociale de la «majo», qui n’exclut pas de quitter le groupe à terme. Ça pose question qu’ils en fassent un grand sujet politique : le thème de l’immigration, on l’a pas vu pendant les gilets jaunes, on l’a pas vu pendant le grand débat et ils décident de le mettre au premier plan pour des raisons purement électoralistes. C’est très dangereux. Ils renforcent Marine Le Pen, en allant sur son terrain et en validant sa vision du monde.» Les mots de la députée LREM Delphine Bagarry, qui avait comparé le discours d’Emmanuel Macron sur l’immigration à celui d’un «responsable FN», font de l’écho.

L’évocation de la présidente du RN (ex-FN) va de pair avec l’installation d’un débat sur l’immigration, comme nous le confirme un autre cadre de la majorité, lui aussi à tendance sociale. «Ça va tanguer, c’est sûr. Il faut traiter le sujet de l’immigration mais pas en faire un marqueur ou un épouvantail. Le vrai problème est de faire du RN le seul opposant [comme l’a théorisé Macron, ndlr]. Ce n’est pas le cas, je ne le souhaite pas, assure cette source. Nous sommes en démocratie et la démocratie appelle à la circulation des pouvoirs. Lorsque nous serons battus  et nous le serons un jour – je n’ai pas envie que la seule alternative soit le RN, parce que nous aurons nous-même validé le discours de l’extrême droite sur “l’UMPS”.» Excessif, jugera sans doute l’état-major macroniste. CQFD, répondront peut-être ceux qui ont entendu Jean-Marie Le Pen valider le discours du Président sur l’immigration et «les bourgeois», sur France Inter la semaine dernière.

Certains tentent donc d’autres approches et avancent des risques auxquels la France pourrait rapidement être confrontée. «On entend trop la frange gauche du groupe sur ce sujet. D’ici la fin de l’année 2020, beaucoup de pays partenaires ont des échéances, comme la Tunisie, l’Algérie ou encore la Côte-d’Ivoire. Nous espérons bien sûr que ces élections se dérouleront dans les meilleures conditions mais une crise politique ne peut être exclue», explique un député LREM de tendance légitimiste. Avec une crainte : qu’un regain de tension dans ces régions se traduise par un afflux de réfugiés vers nos côtes. De ce point de vue, Emmanuel Macron a donc tout intérêt à labourer le sujet de l’immigration. «Il est nécessaire que l’on parle aux Français de nos choix en matière de politique migratoire et que nous ayons une stratégie adaptée en cas de nouvelle crise migratoire», ajoute-t-on.

Reste une vérité. Quel que soit le côté de l’échiquier politique, l’objectif est donc le même : préparer le terrain, soit face à un éventuel afflux de réfugiés, soit plus directement à Marine Le Pen.