Le nouvel hôpital Moulay Abdellah de Salé figure parmi les premiers établissements de la région de Rabat mobilisés pour la prise en charge des malades atteints du virus Covid-19 (Ph. Bziouat)

Pas de répit pour les braves. Après le déconfinement, le personnel médical n’aura pas le temps de souffler, et aura à faire face à une montée en charge de l’activité des hôpitaux.

Le signal d’alarme a été tiré par Al Mountacer Charif Chefchaouni, professeur à l’hôpital Ibn Sina et ancien directeur du CHU de Rabat, lors de son intervention dernièrement dans un webinaire portant sur les enseignements primaires à dégager de la pandémie Covid-19 ainsi que les perspectives.

«Après le confinement, il ne faut pas baisser la garde dans nos hôpitaux, car on devrait attendre l’apparition de nouveaux cas et des foyers de Covid-19 durant une période de 10 à 12 mois», souligne-t-il.

Dans une telle situation, la tâche des structures des hôpitaux sera donc double. Premièrement, il faut poursuivre la prise en charge des malades Covid-19 avec toute la mobilisation nécessaire en termes de personnel, équipements et médicaments.

Parallèlement, les différentes structures hospitalières du pays doivent reprendre leur activité normale en vue de continuer à répondre aux besoins de santé des citoyens. A ce titre, il est prévu un retour en force des pathologies habituelles dont la prise en charge a été impactée par la pandémie Covid-19.

Depuis le déclenchement de la crise, les établissements hospitaliers aussi bien publics que privés ont enregistré une forte baisse de fréquentation des malades. «Un phénomène qui a touché également les urgences dont l’activité de certains services aurait baissé de plus de 50%», estime le directeur d’un hôpital à Rabat.

Certes, la pandémie a permis de dissuader l’arrivée des “faux malades”, mais a lourdement impacté la prise en charge de certaines pathologies chroniques et lourdes comme notamment les maladies cardiovasculaires et cérébrales, le cancer, diabète, ainsi que la santé des femmes enceintes et des nouveau-nés. Effrayés par le risque de contagion dans les hôpitaux, et les difficultés logistiques, les patients ont préféré rester chez eux.

De plus, les tensions pesant lourdement sur les moyens, humains et matériels, des établissements de Santé engagés dans la lutte contre le Covid-19, a limité la prise en charge des autres cas juste aux urgences. De leur côté, une grande majorité des consultations et interventions chirurgicales déjà programmées ont été reportées, confient plusieurs sources.

A ce titre, Alaoui Belghiti, expert et ex-SG du ministère de la Santé, rappelle que le nombre de personnes reçues habituellement par les établissements de santé publics durant une période de trois mois, est estimé à 9 millions de patients dont 3 millions pris en charge par les hôpitaux et le reste par les centres de soins de santé de base.

Certes, l’approche adoptée a réussi à contenir l’évolution de la pandémie mais avec une relative sous-utilisation de la capacité des lits mobilisés: le nombre de cas Covid pris en charge reste inférieur à celui anticipé auparavant. Mais cette sous-exploitation a été faite au détriment de la prise en charge de certains malades qui sont en rupture de soins pour diverses raisons: retard de diagnostic, traitement non adapté, complications non diagnostiquées…

Pour l’ex-directeur du CHU de Rabat, la deuxième vague sera celle des pathologies courantes qui guettent nos hôpitaux et les urgences à partir de la troisième semaine après la sortie du confinement. Cet accroissement de la demande des soins dans le public va s’amplifier par l’arrivée d’une partie de la clientèle du secteur privé dont la situation financière a été gravement impactée par l’effet de la pandémie, ajoute-t-il.

Devant une telle situation, il s’impose de revoir l’organisation et la planification de notre système de santé en vue de lui permettre de tenir une mobilisation continue pour la prise en charge aussi bien des éventuels cas de Covid et également les pathologies courantes.

A ce titre, on recommande de renforcer l’équipement des établissements situés à l’amont de la chaîne, à savoir les centres de santé, les cabinets médicaux, les hôpitaux locaux et provinciaux. Cela va permettre de soulager les hôpitaux régionaux et CHU pour s’occuper des pathologies lourdes y compris les cas de Covid en situation compliquée.

Pour les cas suspects ou guéris, ils devraient être hospitalisés dans des hôpitaux de campagne ou des hôtels médicalisés. Sans oublier des mesures d’encouragement au profit du personnel de la santé qui fort probablement ne partira pas en congés durant cet été.

Pour un système de santé résilient

Avec la succession des épidémies ces dernières décennies, les pays sont invités à développer un système de santé résilient dont les principales caractéristiques ont été rappelées par Alaoui Belghiti. Premièrement, il s’agit d’un système qui aurait la capacité d’alerter en cas de risque ou de menace imminente et également d’y répondre. Un système qui permettrait en même temps d’affronter les épidémies et de continuer d’assurer l’accès aux soins essentiels.