Le gouvernement malaisien de Mahathir Mohamad a signifié à la Chine l’abandon de trois projets d’oléoducs et de gazoducs et pourrait annuler la construction d’une ligne ferroviaire.

C’est un camouflet que Mahathir Mohamad, du haut de ses 93 ans, a infligé à la Chine. Par courrier, le nouveau Premier ministre malaisien a signifié ce lundi à Pékin l’annulation pure et simple d’un mégaprojet chinois. La construction de trois pipelines, destinés à transporter le pétrole et le gaz des lieux d’extraction malaisiens jusqu’à des ports et des raffineries, avait été confiée en 2016 à une entreprise d’Etat chinoise par l’ancien gouvernement du Premier ministre Najib Razak. Une décision d’autant plus étrange que la puissante entreprise d’Etat Petronas, qui possède le monopole en Malaisie sur l’extraction et l’exploitation d’hydrocarbures, aurait pu s’en charger.

Mais depuis le renversement, en mai, du parti qui se maintenait au pouvoir depuis soixante ans, les critiques se faisaient de plus en plus fortes sur le bien-fondé de ces projets pharaoniques facturés au total à environ 2,5 milliards d’euros, dont 88% auraient déjà été versés pour seulement 13% des travaux réalisés. Des enquêtes sont en cours pour déterminer dans quelle mesure une partie de ces sommes auraient pu être détournées par l’ancien Premier ministre Najib Razak, mis en examen pour son implication dans l’immense scandale de corruption du fonds souverain 1MDB.

«Une nouvelle version de la colonisation»

Un autre projet chinois, la East Coast Railway Link (ECRL), est lui aussi menacé d’abandon. Cette ligne ferroviaire de fret et de voyageurs cruciale pour le grand projet des Nouvelles routes de la Soie (Obor) doit traverser la Malaisie d’est en ouest, connectant la mer de Chine méridionale aux ports du détroit de Malacca, pour un coût d’environ 17 milliards d’euros.

Mahathir avait annoncé vouloir annuler ces contrats lors d’une visite à Pékin fin août, justifiant sa décision par des coûts trop élevés pour la Malaisie, dont la croissance marque un léger recul sous la barre des 5% et dont la dette s’élève à plus de 200 milliards d’euros, assurant qu’il n’était néanmoins pas «antichinois» et que son seul souci était «la défense des intêrêts malaisiens». Parallèlement, il assurait à la presse que ces contrats étaient «injustes» et qu’il ne voulait pas reproduire «une nouvelle version de la colonisation». Par ailleurs, la semaine dernière, son gouvernement a reporté aux calendes grecques le projet singaporo-malaisien de ligne à grande vitesse qui devait relier la capitale Kuala Lumpur à sa riche voisine Singapour en 90 minutes.

Habile politique, Mahathir avait été l’artisan du décollage économique de la Malaisie lors de son premier passage au pouvoir entre 1981 et 2003, sous la bannière de l’ancien régime. En disant «non» à la Chine, son premier partenaire commercial, et en critiquant publiquement Obor, projet phare du Parti communiste chinois, il pourrait montrer la voie à d’autres pays, comme la Birmanie ou le Pakistan, amenés à emprunter d’énormes sommes à la Chine pour la construction d’infrastructures qui ne leur sont pas toujours utiles. D’autant que Pékin, déjà occupé à batailler commercialement avec les Etats-Unis, n’a jusque-là pas montré d’agacement face à ce retournement de situation.