Depuis 2014, les étudiants catastrophés à l’issue de leurs épreuves usent d’un nouveau stratagème pour crier à l’injustice et interpeller directement le ministère de l’éducation nationale. A grand renfort de pétitions et de milliers de signataires, ils espèrent assouplir le barème des points.

L’examen 2019 n’a pas échappé à ce qui en train de devenir une tradition chez les bacheliers mécontents. Chaque année depuis 2014, il est de coutume que les étudiants montent au créneau pour dénoncer les difficultés liées à un sujet, en déposant un appel à signatures sur des sites internet dédiés.

Pour cette édition, ce sont les étudiants de Première des filières S et ES qui ont dégainé les premiers. Sobrement intitulée « Série S/ES : Bac de Français 2019. Sujet trop difficile, demande d’être plus clément! », la pétition, publiée sur change.org, a reçu le soutien de près de 26 000 étudiants qui protestent contre les sujets de l’épreuve anticipée de français du lundi 17 juin. Et le compteur s’affole d’heure en heure.

L’objet de la fronde? Un sujet consacré à l’écriture poétique et une auteure inconnue de la plupart des élèves, Andrée Chedid. « Le poème était en vers libres, d’une auteure contemporaine et ne s’accompagnait pas d’un mouvement littéraire en particulier parmi ceux étudiés au fur et à mesure de l’année. » « On ne peut pas rester les bras croisés devant cette humiliation » ajoute, un certain « Jean Valjean », l’auteur de la pétition.

Des étudiants vexés

« Il est normal que les élèves découvrent de nouveaux textes et de nouveaux auteurs, cela n’a rien d’incroyable. C’est la compréhension et l’étude du texte qui sont évalués et la façon dont les étudiants vont utiliser les outils méthodologiques mis à disposition pendant l’année. » Aucune injustice donc, selon Jean-Rémi Girard, Président du syndicat national des lycées et collèges (SNALC).

« Cette pétition est née de la surprise de découvrir que l’auteure était une femme. Beaucoup d’étudiants ayant évoqué « le » poète dans leur copie redoutent de perdre des points. Mais nous jugeons surtout la qualité du commentaire. »

Effectivement, sur Twitter, les étudiants vexés d’avoir fait la confusion sont nombreux.

Face à cette nouvelle forme de contestation, devenue coutumière, les enseignants correcteurs restent impassibles.

Des pétitions en cascade

En 2014, la pétition « Education nationale : il faut arrêter le carnage des sujets du BAC S », recueille plus de 50.000 signatures. En 2015 rebelote avec deux pétitions. L’une réclame l’annulation d’une question au bac d’anglais (plus de 12.000 signatures), l’autre dénonce des questions sur l’épreuve de physique-chimie jugées « intraitables » (5 700 signatures).

En 2016, les pétitions fleurissent encore. Une dénonce l’épreuve d’anglais LV1 des séries S et ES (15.000 signatures), une autre des lycéens français à l’étranger pour protester contre la durée trop courte de l’épreuve de physique-chimie (11.500 signataires) et une dernière des terminales STGM pour dénoncer une erreur dans le sujet (10.000 participants).

En 2017, les bacheliers ne lâchent rien. Les filières L et ES pestent contre une mineure géographie et dénoncent une majeure histoire deux ans de suite (9 000 participants). Les élèves de la filière technologique dénoncent leur épreuve d’anglais LV1 (18.500 signatures)

2018, petite année de pétition mais grosse mobilisation. L’épreuve de maths en filière S est de nouveau pointée du doigt (100.000 signataires).

Une révision des barèmes encadrée

« On est presque dans le domaine du folklore maintenant, reconnaît mi-amusé, mi-désabusé Jean-Rémi Girard. Ces pétitions n’influent en rien le barème et la correction. » Mais il n’est pas impossible de voir une évolution dans la notation après des réunions d’harmonisation, grâce à des copies étalon.

« Il peut y avoir une évolution dans le barème si les correcteurs font remonter des difficultés de compréhension. Ces retours sont centralisés au niveau du centre d’inspection et des consignes nationales de correction sont ensuite données et appliquées dans les académies. Ces ajustements sont ponctuels et en aucun cas liés à ces pétitions. »

En 2013, une pétition lancée contre l’ambiguïté du bac de géographie, n’avait reçu que onze signatures. L’heure de la protestation en ligne n’était pas encore venue.

A noter que des pétitions ouvertes depuis des années recueillent encore de nouvelles signatures. Ainsi, pour les bacheliers les plus remontés, il est encore temps de s’insurger contre l’épreuve de maths de 2018 de la filière S.