• Au Nigeria, des ouvriers du bâtiment se soulèvent contre le confinement à Lagos

Ils étaient des dizaines d’ouvriers d’un chantier de construction, dont celui de la raffinerie construite par Aliko Dangote, l’homme le plus riche d’Afrique, à s’être révoltés lundi contre les mesures de confinement à Lagos, capitale économique du Nigeria. « Les employés se sont soulevés pour protester contre les mesures de confinement, car ils veulent retourner au travail », a expliqué à l’AFP Bala Elkana, porte-parole de la police locale. « Ils ont blessé cinq policiers et vandalisé deux postes de police alentour », a-t-il indiqué, soulignant également que 51 émeutiers avaient été interpellés et qu’ils seraient traduits en justice. Un porte-parole de la raffinerie de Dangote actuellement en construction, dans le quartier de Lekki, a confirmé l’incident. Les 20 millions d’habitants de Lagos, mégalopole tentaculaire, ont reçu l’ordre de rester chez eux depuis le 30 mars, pour tenter de lutter contre la propagation du coronavirus dans le pays. Toutefois, ces mesures de confinement, également appliquées dans plusieurs autres États fédéraux, sont extrêmement douloureuses pour la grande majorité de la population, qui dépend de l’économie informelle. Des millions de personnes n’ont plus accès à la nourriture dans le pays et dépendent de maigres distributions alimentaires pour survivre. Le Nigeria recensait, lundi, près de 1 300 cas officiellement déclarés d’infection au coronavirus et 40 décès, mais de nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer le nombre insignifiant de tests réalisés dans le pays le plus peuplé d’Afrique avec ses 200 millions d’habitants.

  • À Ouagadougou, des commerçants réclament la réouverture des marchés

Plusieurs centaines de commerçants burkinabés ont manifesté, lundi, à Ouagadougou pour demander la réouverture de tous les marchés, fermés fin mars pour lutter contre la propagation du coronavirus. « Les commerçants ont tenté de passer outre l’interdiction gouvernementale pour aller ouvrir lesdits marchés », raconte Aujourd’hui au Faso, avant de préciser que « les raisons de cette levée de boucliers est qu’il n’est pas juste de rouvrir le grand marché Rood-Woko et de laisser claquemurés les autres ». L’épidémie, qui a causé 42 morts pour 623 cas confirmés dans ce pays pauvre d’Afrique de l’Ouest, selon le dernier bilan officiel dimanche, avait entraîné la fermeture d’une quarantaine de marchés dans la capitale de 3 millions d’habitants, le 25 mars, deux semaines après l’apparition de la maladie. Le 20 avril, les autorités ont rouvert le grand marché de Ouagadougou, puis celui de Bobo-Dioulasso, deuxième ville du pays, suscitant un grand espoir auprès des commerçants des autres marchés restés fermés.

Rassemblés aux alentours des marchés Sankaryaré et Nabi-Yaar, situés dans deux quartiers populaires de la capitale, les manifestants, majoritairement des jeunes et des femmes, ont élevé quelques barrages sur des voies à l’aide de pierres, de pneus usagés et de troncs d’arbre, empêchant toute circulation. Ces barrages ont ensuite été démontés par les forces de l’ordre, sans heurt. « Cela fait plus d’un mois que les marchés sont fermés. On n’a plus rien à manger. Aucune aide. Des dons de vivres sont faits, mais peu de personnes en bénéficient, et en petite quantité », se plaint Soumaila Tiendrebeogo. « Si, demain, les marchés ne sont pas ouverts, le pays va prendre feu. On est fatigués. Cette maladie est utilisée de façon politique et à d’autres fins. Nous, nous ne connaissons pas de malades de coronavirus. Ce sont, eux, les riches qui ont ça et nous empêchent de vivre », estime-t-elle, reprenant un discours très présent dans la population. Selon une source auprès de la mairie de Ouagadougou, une réunion d’urgence a été convoquée avec les maires des différentes communes de la ville. La pandémie du coronavirus met à rude épreuve la fragile économie du Burkina Faso, déjà éprouvée par la lutte contre les groupes djihadistes depuis cinq ans. La croissance devrait chuter à 2 %, au lieu des 6,3 % initialement prévus, selon le gouvernement.

  • Face au risque de soulèvement social, le Gabon assouplit le confinement

Le confinement total de la capitale du Gabon, Libreville, et de trois communes limitrophes, mis en place il y a deux semaines pour limiter la propagation du nouveau coronavirus, va être assoupli, a annoncé, lundi, le Premier ministre. Ce petit pays d’Afrique centrale ne compte officiellement que 176 cas de patients positifs au Covid-19, dont 3 décès, pour quelque 2 millions d’habitants, près de la moitié vivant à Libreville. Fermés depuis deux semaines, certains commerces non alimentaires, comme les salons de coiffure et les garages, seront de nouveau autorisés à ouvrir, a annoncé le Premier ministre, Julien Nkoghe Bekale. De même, les déplacements à l’intérieur de la capitale, jusqu’alors interdits entre les arrondissements, vont reprendre. Mais sortir du Grand Libreville la capitale et trois communes limitrophes demeure prohibé, a précisé le chef du gouvernement, qui veut éviter la contagion dans les autres provinces. « Nous approchons du pic de l’épidémie qui pourrait intervenir entre la fin du mois de mai et la mi-juin 2020 », a-t-il avancé.

Les frontières sont toujours fermées, sauf pour le transport de biens alimentaires importés dont le Gabon est très dépendant. Pour expliquer ce déconfinement partiel, le Premier ministre a évoqué les « effets secondaires » des mesures prises 15 jours plus tôt : « mécontentement localisé dans certains quartiers, montée en puissance d’une criminalité opportuniste et risque de déstabilisation sociale ». « J’espère vraiment qu’ils ne vont pas prolonger ce confinement », se lamentait, il y a quelques jours encore, Lorcia, une Gabonaise de 35 ans, lors d’une distribution alimentaire organisée mercredi par le gouvernement dans un quartier pauvre de Libreville. Mère de cinq enfants, Lorcia vit « de la débrouille », achetant des produits au marché qu’elle revend par la suite dans la rue. « On nous demande de ne plus travailler, mais je fais comment pour nourrir ma famille ? » s’énervait la jeune femme, qui compte depuis dix jours sur la générosité de son voisin pour survivre. « Si le gouvernement persiste, vous allez voir, la population va se soulever », lançait-elle, très remontée de ne pas avoir réussi à récupérer sa ration alimentaire.

  • En Afrique centrale, on s’adapte difficilement au port obligatoire du masque

Dans plusieurs pays d’Afrique centrale, le port du masque est devenu obligatoire dans l’espace public afin de freiner la propagation du nouveau coronavirus, ont annoncé, ces derniers jours, leurs gouvernements.

Au Gabon, le masque est obligatoire depuis mercredi matin, tout comme en Guinée équatoriale, qui demande aussi à ses citoyens de porter des gants lors de leur sortie.

Conscient de la difficulté des Gabonais de se procurer des masques médicaux, Libreville a recommandé à ses citoyens le port « du masque alternatif ». De nombreux ateliers de couture au Gabon et ailleurs se sont mis à produire des masques en tissu, moins efficaces, mais qui limitent toutefois la propagation du virus.

Lundi, le gouvernement tchadien avait également décrété le port obligatoire du masque sur son territoire, avant de revenir sur sa décision le lendemain à cause du manque d’offres sur le marché.

Le Cameroun ? l’un des pays les plus touchés par le virus en Afrique avec 855 cas déclarés officiellement mercredi ? avait déjà adopté cette mesure jeudi dernier. Dans ces pays d’Afrique centrale, ces dispositions s’ajoutent à celles déjà prises, comme l’instauration de couvre-feux nocturnes, la fermeture des écoles, des frontières et des lieux de culte, ainsi que les restrictions sur les rassemblements.

  • En Centrafrique, le relâchement des populations

Un relâchement dans l’observation des mesures barrières contre le coronavirus est constaté ces derniers temps en République centrafricaine, alors que le pays a atteint, lundi, la barre des 50 cas confirmés de Covid-19.

Dimanche dernier, presque tous les bistrots ont rouvert leurs portes et de nombreux clients s’y sont agglutinés dans la capitale Bangui, et les rassemblements ont repris de plus belle, a constaté un correspondant de Xinhua.

De nombreux fidèles ont repris le chemin des lieux de culte, un phénomène pourtant dénoncé par le gouvernement et des leaders religieux.

Aux frontières nationales, selon des sources locales, des passagers en provenance du Cameroun et d’autres pays voisins font des détours pour échapper aux contrôles, ce qui fait que plusieurs cas importés ont été détectés ces derniers jours par les autorités sanitaires centrafricaines.

À ce jour, la RCA a signalé un total de 50 cas confirmés de Covid-19, dont 9 cas déclarés ce lundi. Il s’agit de 8 cas importés et d’un cas de contamination locale. Pour renforcer la lutte contre le coronavirus, le gouvernement centrafricain a déclaré ce lundi la prorogation d’un mois renouvelable de certaines mesures barrières, notamment la fermeture de l’aéroport de Bangui et la distanciation sociale dans les moyens de transport publics.

Concernant les frontières, le gouvernement centrafricain a exigé de tous les passagers en provenance du Cameroun voisin un test obligatoire du coronavirus. La navigation sur le cours de l’Oubangui, principal cours d’eau servant de longue frontière avec la République démocratique du Congo (RDC), est également suspendue.

  • À Madagascar, porter un cache-bouche ou balayer le trottoir?

La police de Madagascar a forcé des citoyens pris à l’extérieur sans masque contre le coronavirus à balayer les trottoirs en guise de punition. Le président Andry Rajoelina a levé, le 20 avril, le confinement imposé aux habitants de la capitale Antananarivo, de Fianarantsoa (Centre) et de Toamasina (Est) pour ralentir la pandémie de Covid-19 et y a autorisé la reprise progressive des activités économiques et des déplacements. Il a toutefois assorti cette mesure du port obligatoire d’un masque dans les lieux publics, sous peine de sanctions sous la forme de travaux d’intérêt généraux à compter de ce lundi.

Résultat : dès lundi, environ 500 personnes à Antananarivo et à Fianarantsoa ont été pénalisées, a déclaré le chef adjoint de la police, Christian Rakotobe. Le commissaire d’Antananarivo, Hector Razafindrazaka, a déclaré que 25 personnes avaient été condamnées sur place et forcées de balayer les rues poussiéreuses de la capitale. Des images ont été largement diffusées sur les réseaux sociaux.

« Soixante-dix pour cent des gens dans la rue ont respecté la règle? parce qu’ils ont peur de devoir balayer les trottoirs », a déclaré à la télévision publique Elak Olivier Andriakaja, chef des opérations anticoronavirus. « Des mesures ont été prises avant la mise en place des sanctions pour sensibiliser et distribuer des couvre-bouches. Je pense que cela suffit et que des sanctions doivent maintenant être appliquées. » À ce jour, la nation insulaire de l’océan Indien a détecté 128 cas de coronavirus. Aucun décès n’a été enregistré jusqu’à présent et 75 patients se sont rétablis.