D’après le «Washington Post», des fractures à la nuque ont été découvertes lors de l’examen du corps de Jeffrey Epstein. Un élément qui jette le doute sur la thèse du suicide.

Dès la mort de Jeffrey Epstein, les circonstances du décès du multi-millionnaire au cœur d’un scandale pédophile ont fait l’effet d’une bombe. Alors que l’homme de 66 ans, arrêté début juillet, était l’objet d’une enquête fédérale sur ses pratiques sordides, il a été retrouvé mort samedi 10 août au matin dans sa cellule d’un centre pénitentiaire fédéral à Manhattan. Les théories du complot les moins étayées ont fleuri sur les réseaux sociaux, jusque sur le compte Twitter de Donald Trump, autrefois ami d’Epstein, semble-t-il avide d’éviter les questions pour mieux accuser Bill Clinton, qui côtoya lui aussi le riche pédophile. Au delà de ces accusations sans preuve, le ministre de la Justice, William Barr, a eu une réaction particulièrement vigoureuse, évoquant dès le 10 août dans un communiqué un «suicide apparent» et demandant des réponses aux «sérieuses questions» que pose la mort soudaine d’un des détenus les plus célèbres du pays. Les premiers éléments ont mis en cause un non respect des procédures et des manquements flagrants de la part des gardiens de prison, ajoutant au mystère. Et ce jeudi, le «Washington Post» publie des éléments de l’autopsie du financier qui ne permettent pas de lever le doute.

Selon le quotidien de la capitale fédérale, des fractures à la nuque ont été repérées lors de l’examen du corps de Jeffrey Epstein. L’os hyoïde a notamment été brisé. Le «Post», prudent, rappelle qu’une telle fracture peut survenir dans les cas de suicide par pendaison. Mais il souligne aussi que selon les experts médico-légaux consultés, ce type de blessure est plus fréquent chez les victimes de strangulation. «Si, par hypothèse, l’os hyoïde est brisé, cela pose des questions sur une éventuelle strangulation, mais ça n’est pas absolument certain et ça n’exclut pas le suicide par pendaison», explique au quotidien Jonathan L. Arden, président de l’association nationale des médecins légistes. Le «Post» cite plusieurs études qui soulignent que les pendaisons sont une cause possible de fracture de l’os hyoïde, tout en étant toutefois nettement minoritaires.

Le journal note également que si l’autopsie a été achevée dimanche, la chef légiste n’a pas identifié la cause de la mort, indiquant que cette information était «en suspens».

Des gardes endormis… qui maquillent des documents

D’autres éléments doivent être réunis pour que le bureau du «medical examiner» puisse se prononcer. D’après le «Post», les vidéos de surveillance des couloirs de la prison pourraient être étudiées pour vérifier si quelqu’un s’est introduit dans la cellule de Jeffrey Epstein avant sa mort. Un examen toxicologique pourrait déterminer la présence éventuelle de substances inhabituelles dans son corps. Les gardes et les détenus voisins de sa cellule pourraient être interrogés.

Jeffrey Epstein ne faisait pas l’objet d’une surveillance anti-suicide lorsqu’il est mort. Les autorités avaient pourtant des raisons de soupçonner qu’il était en danger : Jeffrey Epstein avait déjà été retrouvé blessé au cou et inconscient dans sa cellule, le 23 juillet. Suite à cet incident, il n’avait été placé que six jours sous surveillance. Il aurait dû ensuite être placé dans une cellule avec un autre détenu, qui aurait pu donner l’alerte, mais cette procédure n’avait pas été respectée, puisque Epstein était seul, vendredi dernier. Le «New York Times» rapportait en outre mardi que les deux gardiens qui auraient dû vérifier ce qu’il se passait dans la cellule toutes les trente minutes se sont endormis. Ils ont laissé Epstein sans surveillance pendant environ trois heures. Pis, les deux hommes ont caché leurs manquements en maquillant leurs comptes-rendus. Ils ont été suspendus et le directeur de la prison a été muté.

Les conditions de travail dans les prisons fédérales sont particulièrement contraignantes. En sous-effectif, les établissements exigent de leurs gardiens qu’ils multiplient les heures supplémentaires, poussant parfois le temps de travail à 60 ou 70 heures par semaine. L’un des deux gardiens impliqués, une femme, avait ainsi été contraint de travailler plus. L’autre était volontaire.