Les avocats de Nick Sandmann, lycéen du Kentucky qui avait fait face à un vétéran amérindien sur des images qui ont fait le tour du monde, demande 250 millions de dollars au «Washington Post» pour sa couverture médiatique de l’événement.

«Ce n’est que le début», ont prévenu les avocats de Nick Sandmann. Le cabinet Hemmer DeFrank Wessels a annoncé sur son site mardi poursuivre en justice le «Washington Post» et réclamer 250 millions de dollars en dommages et intérêts pour leur client, l’adolescent du Kentucky dont l’image avait fait la Une de l’actualité le mois dernier. Venu à Washington pour manifester contre le droit à l’avortement, il s’était retrouvé face à Nathan Phillips, un vétéran amérindien et militant pacifiste, semblant le regarder avec dédain. Après la circulation virale des images, le lycée de Covington Catholic avait reçu des menaces.

«Pour la vérité, pour la justice, pour Nicholas!», écrivent les avocats Lin Wood et Todd McMurtry pour expliquer leur démarche, «en compensation pour le mal que tant ont infligé à la famille Sandmann». L’argumentaire des avocats est très politique, proche des propos de Donald Trump à propos de l’affaire : «Pendant trois jours, le « Post » s’est lancé dans une forme moderne de McCarthyisme […] pour diriger la foule de tyrans des médias mainstream et des réseaux sociaux qui ont attaqué, calomnié et menacé Nicholas Sandmann, un élève innocent». «Le « Post » a ciblé et harcelé à tort Nicholas parce qu’il était un élève blanc, catholique, qui portait une casquette souvenir « Make America Great Again » […], le « Post » a fait circuler l’idée que Nicholas avait effectué des actes racistes en « encerclant » Phillips, « empêchant » son départ loin des étudiants et avoir eu un comportement raciste», dénoncent les avocats. Selon eux, c’est «le programme impartial contre le Président Donald J. Trump» du quotidien qui est la raison de ce qu’ils dénoncent, «la remise en question d’individus perçus comme étant des partisans du Président». «Le « Post » a harcelé un enfant innocent sans le moindre égard envers la douleur et la destruction que ses attaques auraient sur sa vie», ont ajouté les avocats.

La somme réclamée correspond au montant pour lequel Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon, a racheté le quotidien en 2013, note le journal. Depuis des mois, le milliardaire -qu’un média proche du président a essayé de faire chanter- est d’ailleurs la cible de virulentes critiques de Donald Trump, qui a classé le «Washington Post» parmi les «médias fake news».

Deux points de vue opposés

La publication de différentes vidéos avait replacé le face à face dans un contexte de tension, puisque les lycéens avaient été insultés par un groupe extrémiste dans le même temps. Nathan Philipps, lui, avait assuré s’être placé entre les adolescents et les Black Israelites afin d’apaiser les tensions. Mais il avait également expliqué que certains lycéens semblaient s’être moqués de lui, mimant des «tomahawk chops» -un geste utilisé par des supporters mais qui peut être considéré comme une moquerie envers les Amérindiens, criant pour «Qu’on construise le mur».

L’adolescent de 16 ans avait de son côté assuré ne pas avoir voulu manquer de respect à Nathan Philipps. J’ai pensé qu’en restant immobile et calme, j’aidais à désamorcer la situation. C’était clair qu’il m’avait isolé pour me confronter, même si je ne sais pas bien pourquoi.» Après l’ouverture d’une enquête «conduite par un tiers indépendant», Covington Catholic avait décidé de ne pas sanctionner les élèves qui apparaissaient sur la vidéo.

Le soutien de Trump

La Maison-Blanche a confirmé avoir «contacté et soutenu» les jeunes lycéens, qui étaient nombreux à arborer des accessoires «Make America Great Again», le slogan de la campagne présidentielle de Donald Trump. Il avait évoqué l’affaire sur Twitter, dénonçant l’attitude des médias : «Nick Sandmann et les élèves de Covington sont devenus symbole des Fake News et à quel point ils peuvent être diaboliques. Ils ont capté l’attention du monde, et je sais qu’ils l’utiliseront pour faire le bien -peut-être même pour rassembler les gens. Ça a mal commencé, mais ça peut finir en rêve!»