Pour sa première interview, Jean-Pierre Farandou table sur l’ouverture et la concertation. Une tentative d’apaiser le climat dans l’entreprise alors que la grève se poursuit dans un secteur névralgique : le centre de maintenance de Châtillon.

Je ne tape pas sur mon prédécesseur mais je voudrais repartir sur des bases nouvelles : c’est, en substance, le message qui apparaît en filigrane de la première interview donnée par Jean-Pierre Farandou au Journal du dimanche, deux jours après son arrivée à la tête de la SNCF secouée par plusieurs mouvements sociaux. «Cette agitation témoigne de la préoccupation des salariés. Je l’entends. Quant aux organisations syndicales, elles estiment que le dialogue social est insuffisant. Je veux renouer le fil», explique le nouveau président. A propos du malaise social actuel, il enfonce même le clou en affirmant : «Les réorganisations, les changements d’organigramme, de liens hiérarchiques, de responsabilités ont été trop fréquents ces dernières années. Pour chaque projet lancé, je vais demander aux managers de se poser deux questions. Est-ce bon pour le client, est-ce bon pour la compétitivité de l’entreprise ?»

«Porte de sortie»

Histoire de faire retomber la pression, le nouveau président de la SNCF manie donc le temps long. Il se donne un an pour définir le nouveau projet d’entreprise «car on ne peut pas faire moins». Un discours plutôt bien accueilli par le secrétaire général de l’Unsa ferroviaire, la deuxième organisation syndicale de la SNCF, Didier Mathis. «Farandou tient le rôle de président qui calme le jeu et évite de mettre de l’huile sur le feu, explique-t-il à Libération. Il veut être en rupture avec la méthode du passé en réunissant les organisations syndicales pour trouver une porte de sortie.»

Néanmoins les sujets qui fâchent demeurent. A commencer par la polémique entourant les conducteurs qui ont exercé leur droit de retrait après l’accident, le 16 octobre, d’un TER à un passage à niveau à Saint-Pierre-sur-Vence. Jean-Pierre Farandou voit dans ce mouvement «un exercice illégitime et généralisé de ce droit». Ce n’est pas vraiment la vision des organisations représentatives des salariés. «Ce droit de retrait est légal notamment au regard de certaines réponses formulées par l’inspection du travail. Si l’entreprise va en justice et perd, il lui en coûtera 10 000 euros de frais par agent», estime Didier Mathis de l’Unsa ferroviaire. Position quasi identique pour SUD rail par la voix de son secrétaire national Fabien Dumas, qui s’interroge : «Si le droit de retrait est considéré comme illégal, pourquoi l’entreprise n’est-elle pas allée en justice ?»

Eviter que le conflit se propage

Dès lundi, le nouveau président de la SNCF va s’atteler au dossier sensible du technicentre de Châtillon (Hauts-de-Seine) où 200 agents chargés de l’entretien des TGV ont arrêté le travail. La SNCF a réussi à limiter les suppressions de trains dans l’ouest de la France en piochant des rames de TGV dans d’autres secteurs géographiques. Mais le mécontentement monte dans un autre centre de maintenance du même type en Seine-Saint-Denis. Deux réunions direction-syndicats sont programmées lundi et mercredi pour éviter que le conflit se propage sur le Thalys en direction de Bruxelles, l’Eurostar à destination de Londres, ainsi que sur la liaison Paris-Lille. «Nous serons attentifs au sort des agents du technicentre mis en absence irrégulière par la direction. Ils n’ont rien à perdre s’ils n’obtiennent pas satisfaction», prévient Fabien Dumas de SUD rail. Ni état de grâce, ni 100 jours pour Jean-Pierre Farandou. La montée au front commence, pour lui, dès ce lundi.