Trump Power, saison 2, épisode 8 – Les dernières vagues de sondages d’intention de vote pour les élections de mi-mandat indiquent une forte poussée des démocrates, à la Chambre comme au Sénat. Mais il subsiste trois grands points d’interrogation.

Les résultats de l’élection présidentielle 2016 devrait inciter à rester prudents. Qui aurait pu croire que la victoire de Donald Trump se jouerait à quelques 100.000 voix dans trois Etats et sans l’adoubement du vote populaire qui ne parvint pas à consoler Hillary Clinton? A 44 jours des midterms, les instituts ont-ils changé de méthode ? Pas forcément tous. Mais il reste cette carte électorale remise à jour quotidiennement par le site RealClear Politics qui agrège tous les sondages sans exception. Elle indique en ce samedi 22 septembre qu’une victoire démocrate à la Chambre est à portée de main : une quarantaine de sièges sont encore en « toss-up » (en balance) mais il n’en suffirait que 13 pour que les démocrates s’emparent de la majorité. Au Sénat, l’exercice est plus difficile : neuf sièges sont très disputés et il en faudrait sept pour que le parti démocrate l’emporte. La surprise vient du fait que parmi les batailles en cours, certaines se déroulent dans la marge d’erreur dans des Etats où il aurait inimaginable il y a encore deux ans qu’un démocrate fasse mordre la poussière à un républicain. C’est le cas du Texas, de l’Arizona ou du Tennessee, solidement conservateurs depuis près de vingt ans.

Il reste donc 44 jours. C’est à la fois demain mais la présidence Trump nous a appris que six semaines étaient aussi une éternité. Que pourrait-il se passer d’ici le 6 novembre qui change brutalement la donne ? Si l’on tient compte des 600 premiers jours du mandat de Donald Trump, il y a comme une constante : l’incroyable permanence de sa côte d’impopularité. Le président n’aura connu en tout que treize jours de côte positive. Depuis le 2 février 2017, Trump n’a pas une seule fois vu sa popularité repasser dans le vert. En revanche, le soutien que lui accordent entre 30 et 40% des Américains n’a jamais faibli. D’autres chefs d’Etat en rêveraient, certes, mais aucun président américain depuis 1954 ne s’est présenté aux midterms avec une popularité aussi faible. Est-ce que ce socle est suffisant pour inverser la tendance et gagner? Trump  en est persuadé et sa campagne pour 2018 et 2020 a commencé dès le premier jour de son arrivée à la Maison Blanche.

L’économie va, tout va?

Il ne cesse de répéter, à raison, que les chiffres de l’économie sont bons. Et, à tort, que c’est grâce à lui, alors que les bons résultats en termes de croissance et d’emplois, préexistaient à son élection, comme le souligne un Barack Obama de plus en plus présent dans la campagne. Dans une étude récente de l’Université Quinnipiac, 70% des Américains estiment que l’économie de leur pays se porte très bien. Mais dans une autre enquête publiée ces derniers jours par CNN, 49% des sondés estiment que cette situation est due au travail du président. Autrement dit, le fameux conseil politique « it’s the economy, stupid » qui avait fait le succès de Bill Clinton dans les années 90 ne profite pas à Trump. Comme si, instinctivement, les électeurs ne voulaient pas le récompenser au Congrès de sa première partie de mandat.

Ce qui pose la question de la mobilisation et de la participation. On a vu au cours des primaires de 2016 et dans le scrutin présidentiel que Donald Trump disposait d’un réservoir de voix inédit. Celui de dizaines de milliers de citoyens qui n’avaient jamais voté ou pas depuis des années. Un phénomène qui, conjugué à la faible mobilisation en faveur d’Hillary Clinton –notamment du fait de la fracture au sein du parti démocrate causée par son duel avec Bernie Sanders- a permis à Trump de faire la différence. Qu’en sera-t-il avec les midterms, quand on sait que ce scrutin à mi-mandat est de plus en plus déserté par les électeurs. En 2014, la participation n’avait été que de 36,4%, quatre points de moins qu’en 2010. Autrement dit, plus la participation est faible, plus le risque qu’elle profite à l’opposition est grand. A titre d’exemple, les Démocrates avaient repris la majorité au Congrès en 2006 avec une participation de 40,4% et les Républicains en 2010 avec une affluence aux urnes quasi identique, à 40,9%.

Et si la défaite était une grande victoire pour Trump?

Autre incertitude, le poids de l’actualité nationale et internationale. Jusqu’à présent, les révélations et les scandales n’ont eu que peu d’impact sur le soutien inconditionnel du noyau dur des Trumpistes. Cette avalanche pourrait en avoir en revanche sur les électeurs républicains et indépendants qui ont accordé au président le bénéfice du doute ou qui sont restés loyaux par discipline, mais qui sont désormais en rupture. Profiteront-ils de ce scrutin pour bouder les urnes ou pour oser voter démocrate ? Les rebondissements de l’enquête du procureur Mueller sur l’ingérence russe dans la présidentielle et la possible collusion entre l’entourage de Trump et le Kremlin n’ont pas eu d’effet brutal sur les intentions de vote jusqu’à présent. Le comportement du président, bien plus professionnel et empathique qu’à l’ordinaire, lors du passage du cyclone Florence notamment, a été remarqué. Mais sa détermination à faire valider la nomination du juge conservateur Kavanaugh à la Cour Suprême, en dépit d’une accusation de tentative de viol lorsqu’il était étudiant, pourrait lui faire perdre des voix auprès de l’électorat féminin. Si 58% de l’électorat masculin blanc approuve la politique du président, ce chiffre descend à 45% au sein de l’électorat féminin blanc et à 32 % chez les jeunes électrices du même segment. Mais ces dernières se mobiliseront-elles le jour J?

Dernière inconnue,  l’enthousiasme des électeurs vis-à-vis de la classe politique en général et du parti démocrate en particulier. Lorsque Donald Trump a entamé son mandat, l’impopularité du Congrès au sein de l’opinion publique américaine était de 76%. Le milliardaire atypique avait promis de renverser la table et d’assécher « le marigot » des corrompus. A la question posée par Gallup aux Américains de savoir s’ils approuvent le travail du Congrès dominé par les républicains, ils répondent non à 78%! Comme si rien n’avait changé. Les démocrates profitent-ils de cette contreperformance? Oui, si l’on en croit les intentions de vote au niveau national. Mais ces midterms, bien que les démocrates entendent en faire un référendum anti-Trump, sont d’abord locales. 435 sièges sont à renouveler à la Chambre et 33 au Sénat tandis que 36 postes de gouverneur sont en jeu.

Beaucoup dépendra aussi de ce que les démocrates annoncent vouloir faire d’une éventuelle victoire. S’il s’agit de paralyser le gouvernement Trump ou même d’envisager entamer contre lui un processus de destitution (la Chambre devant inculper et le Sénat condamner), le risque est fort de voir alors Donald Trump jouer au martyr de la « chasse aux sorcières » menée par « l’Etat profond », une théorie du complot qui fonctionne à merveille auprès de ses fidèles et d’une partie des indécis. Autrement dit, rien n’est fait et une victoire qui aurait le goût de la vengeance ne ferait les affaires de personne, surtout si la classe politique américaine veut enfin se montrer à la hauteur des attentes des citoyens.