Comme en septembre, ils rejettent les 170 millions d’euros d’économies prévues en 2020, équivalant à un gel de leurs recettes après « dix ans de pression tarifaire ».

Coup de sang dans les labos: opposés aux économies prévues dans leur secteur en 2020, les syndicats et les grands groupes de biologie médicale appellent la profession à une « fermeture totale » à partir de ce mardi, et jusqu’à jeudi.

La menace planait depuis la semaine dernière, elle a donc été mise à exécution. « Suite à l’échec du rendez-vous de négociation du 17 octobre avec l’Assurance maladie », six organisations ont « décidé de confirmer l’appel à la fermeture totale des laboratoires », avait indiqué vendredi le Syndicat des biologistes (SDB) sur son site internet. Un appel partagé par les trois autres syndicats représentatifs de la profession (SNMB, SLBC, SJBM), les internes en biologie médicale (FNSIP-BM) et l’association des grands réseaux de laboratoires (APBM).

Tous rejettent les 170 millions d’économies prévues l’an prochain, qui équivalent à un gel de leurs recettes, quand les dépenses de santé sont censées progresser globalement de 2,3%. Un nouveau coup de rabot après « dix ans de pression tarifaire », avec pour conséquence « la casse des laboratoires de proximité », estiment les six organisations dans une pétition. Ce texte a déjà obtenu, selon elles, « plus de 300 000 signatures » lors d’une première « semaine de mobilisation » fin septembre, durant laquelle « plus de 95% des laboratoires » ont fermé leurs portes l’après-midi.

Le coup de semonce n’a donc pas provoqué de changement de cap des pouvoirs publics. « On n’a pas eu de propositions satisfaisantes », a confirmé le président du SDB, François Blanchecotte, faisant état de timides « avancées » équivalant à des hausses de « 0,25% à 0,50% par an ». « Sauf miracle ce weekend », l’épreuve de force aura bien lieu et, chez les biologistes, « tout le monde est aligné », a-t-il prévenu.

De patients mis en difficulté

Seule voix discordante, la CFDT-Santé a dénoncé dans un communiqué « une prise en otage des salariés » et rappelé que les employeurs seraient « tenus de les rémunérer ».

Contactée, l’Assurance maladie a précisé qu’une nouvelle réunion était programmée le 6 novembre « pour présenter de nouvelles propositions ». « On essaie de prendre en compte leurs demandes, la négociation n’est pas terminée », a affirmé son directeur général, Nicolas Revel. « Je ne comprends pas très bien ce mouvement qui va compliquer la vie de centaines de milliers de patients », a-t-il ajouté, soulignant que les relations entre la Sécu et les biologistes font l’objet d’un « protocole triennal, qui n’est pas une contrainte que je leur fixe, mais qu’ils ont eux-mêmes souhaité ».

Du côté du ministère de la Santé, « on regrette toujours quand il y a des fermetures, parce que ce sont les patients qui sont mis en difficulté », a insisté le cabinet d’Agnès Buzyn. Les économies recherchées traduisent cependant « l’objectif d’accroître la pertinence des actes médicaux » et d’éviter ainsi des examens inutiles ou redondants, a justifié l’entourage de la ministre.

Répondant à la crainte d’une disparition de certains laboratoires, le ministère assure au contraire qu’il « veut renforcer leur ancrage local », au travers notamment du plan « Ma Santé 2022 » pour lequel les syndicats de la profession « ont signé un accord » sur les communautés territoriales (CPTS). Un « engagement de proximité » complété par le récent plan urgences, qui s’appuie en partie sur la « biologie délocalisée » hors de l’hôpital, a-t-on expliqué de même source.