Le dossier de l’emprisonnement de l’opposant russe Alexeï Navalny continue à irriter Bruxelles, qui demande sa libération. Pour le moment, Joseph Borell n’a pas évoqué de nouvelles sanctions car le sujet divise en Europe. Tout comme le projet de gazoduc Nord Stream 2 entre la Russie et l’Allemagne. Un projet sur lequel le couple franco-allemand peine à s’entendre, alors que la chancelière Angela Merkel et le président Emmanuel Macron étaient réunis ce vendredi pour un conseil de Défense commun.

Et comme le souligne la Süddeutsche Zeitung, si le moteur européen franco-allemand n’a pas lâché pendant la pandémie, « en matière de politique extérieure et de sécurité, c’est plus compliqué ».

A l’image donc du dossier Navalny. Les deux pays appellent certes à la libération immédiate de l’opposant, mais au-delà des paroles, comment faire pression ?

C’est là qu’intervient le projet de gazoduc Nord Stream 2 qui doit relier la Russie à l’Allemagne. Sur les près de 1.200 kilomètres de pipeline à construire, ils n’en manquent plus que 150. Pour Moscou, c’est un projet phare.

La Russie exporte 80% de son gaz vers l’Union européenne et ce gazoduc sous-marin lui permettrait de contourner l’Ukraine.

Alors la France, qui n’utilise que peu de gaz dans son mix énergétique (15%), appelle à abandonner le projet pour frapper Vladimir Poutine au portefeuille.

Dilemme

Pour l’Allemagne, c’est un dilemme. Difficile de renoncer à cette source d’approvisionnement. La Russie représente son premier fournisseur de gaz.

A voir ce que va devenir la proposition de Norbert Röttgen, le président de la commission des Affaires étrangères du Bundestag, qui demandait ce matin un moratoire sur le chantier, le temps de renouer avec de meilleures relations avec Moscou. Mais en attendant, Angela Merkel a rappelé lors de sa conférence de presse avec Emmanuel Macron que la position de l’Allemagne n’avait pas changée.

Plus largement, c’est toute l’Europe qui est divisée sur ce projet. Certes, Joseph Borell, le chef de la diplomatie européenne, a assuré à la fin de l’année dernière que Nord Stream 2 était une affaire allemande et que son avenir était entre les mains de Berlin.

Mais le Parlement européen a à de multiples reprises appelé à la fin de Nord Stream 2, au nom de l’indépendance vis à vis d’une Russie peu regardante en matière de droits de l’homme et qui pourrait s’en servir comme une arme géostratégique.

La Pologne ou encore la Lituanie y sont aussi opposés. Finalement, seuls les Pays-Bas et l’Autriche soutiennent l’Allemagne. Dans ces deux pays, se trouvent en effet les sièges d’entreprises participant au projet.