Aux Bahamas, les vents, qui ont frôlé 300 km/h, ont atteint un niveau record dans l’archipel. En Floride, plus d’un demi-million de personnes ont été évacuées.

L’ouragan Dorian faisait toujours rage, lundi 2 septembre, sur les Bahamas, avec des pluies torrentielles et des vents frôlant les 300 km/h, un niveau jamais enregistré dans cet archipel des Caraïbes. Le phénomène, de catégorie 5 – le maximum de l’échelle de Saffir-Simpson –, qualifié de « catastrophique » par le Centre national des ouragans américain (NHC), a touché terre dimanche à Elbow Cay, sur les îles Abacos dans le nord-ouest des Bahamas, pays composé de 700 îles, situé entre la Floride, Cuba et Haïti. Aucune victime n’avait cependant été signalée lundi à l’aube.

L’ouragan, formé dans le centre de l’Atlantique, passé près de la Martinique et près des îles Vierges, s’est très rapidement renforcé, gagnant plus de 50 km/h toutes les vingt-quatre heures. Toutes les conditions étaient réunies pour son intensification : un air humide, une atmosphère instable, des vents homogènes et surtout des températures de l’océan anormalement élevées (jusqu’à + 2 °C au-dessus de la moyenne).

« Tous les dangers vont durer plus longtemps »

« Ce qui est très inquiétant, c’est que le phénomène est en train de ralentir, donc tous les dangers vont durer plus longtemps, explique Jean-Noël Degrace, météorologue de Météo France installé en Martinique. Le plus dangereux pour les vies humaines, ce n’est pas le vent, mais l’eau qui vient de la mer et des pluies. Les marées de tempêtes peuvent atteindre deux ou trois mètres – c’est-à-dire le niveau de la mer qui monte –, auxquelles s’ajoutent des vagues jusqu’à dix mètres de hauteur. » Selon l’expert, des villes comme Freeport, sur l’île de Grand Bahama, sont très menacées, car le territoire est relativement bas, avec une importante population littorale.

Des vidéos publiées sur le site du journal Tribune 242 des Bahamas montraient des vagues atteignant les toits de maisons en bois, des bateaux renversés flottant dans une eau boueuse au milieu de branches d’arbres, de planches et d’autres débris.

Une vidéo publiée par un journaliste de la chaîne américaine ABC montraient l’ampleur des dégâts après le passage de l’ouragan à Hope Town, sur l’îlot d’Elbow Cay :

Après les Bahamas, l’ouragan doit se rapprocher de la côte est de la Floride, aux Etats-Unis, lundi soir et mardi, mais il restait difficile de prévoir si et avec quelle intensité il allait frapper le Sunshine State. Il pourrait également toucher la Géorgie et la Caroline du Sud. Donald Trump, qui a renoncé à assister aux cérémonies marquant le 80e anniversaire du début de la seconde guerre mondiale, en Pologne, pour parer à toute éventualité, a mis en garde les populations concernées contre la violence du phénomène climatique.

Pas de telle menace depuis Andrew en 1992

A l’occasion d’une visite au quartier général de l’Agence fédérale des situations d’urgence (FEMA), chargée des catastrophes naturelles, le président des Etats-Unis a estimé que le pays n’a « jamais vu quelque chose comme cet ouragan », qualifié d’« extrêmement dangereux ». Selon les scientifiques, il n’y a pas eu de menace aussi intense pour les côtes américaines depuis l’ouragan Andrew, en 1992.

L’incertitude qui demeure sur le parcours de l’ouragan complique la réponse des autorités américaines. Elles anticipent désormais que Dorian va remonter le long des côtes américaines au lieu de traverser la Floride, comme elles l’avaient calculé au préalable. « Si vous regardez le tracé actuel du Centre national des ouragans, je pense qu’il passera à moins de 30 miles des côtes de la Floride. Mais il suffit d’un rien pour avoir tout à coup une différence spectaculaire », s’est alarmé le gouverneur de Floride, Ron DeSantis.

Par précaution, près de 600 vols ont été annulés dans quatre aéroports de Floride, en plein week-end prolongé de Labor Day, généralement propice aux voyages. Le gouverneur de Géorgie, Brian Kemp, a décidé d’évacuer plus d’un demi-million de personnes en Floride, tandis que 800 000 personnes ont été soumises à un ordre d’évacuation similaire en Caroline du Sud, pour la quatrième année consécutive.

Augmentation des cyclones les plus intenses

La réponse des autorités américaines sera d’autant plus suivie qu’elles ont suscité la controverse, il y a une semaine, lorsque la presse américaine a révélé qu’elles envisageaient de priver la FEMA et les gardes-côtes d’un total de 271 millions de dollars (246 millions d’euros), afin d’augmenter le nombre de lits de sans-papiers détenus à la frontière avec le Mexique. La présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, a qualifié cette décision d’« incroyablement imprudente ».

S’il reste impossible de lier cet événement particulier au changement climatique, les modèles scientifiques sont formels : le climat futur sera marqué par une augmentation des cyclones les plus intenses et d’une hausse de leur force. Ces phénomènes seront associés à des pluies plus intenses, d’environ 20 % supérieures aux moyennes actuelles. Le pourcentage de phénomènes tropicaux, qui se sont intensifiés rapidement dans l’océan Atlantique, a, en outre, triplé au cours des trois dernières décennies, selon une étude publiée en février dans Nature Communications. Ces tempêtes qui se renforcent rapidement sont souvent les plus difficiles à prévoir et sont également plus susceptibles de devenir des ouragans majeurs.