Le mouvement de contestation au Mali a rejeté samedi un compromis proposé par la médiation ouest-africaine et prévoyant le maintien au pouvoir du président Ibrahim Boubacar Keita dit « IBK », dont il continue de réclamer la démission.

Menée par l’ex-président nigérian Goodluck Jonathan, l’équipe de médiation dépêchée mercredi au Mali par la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) a de nouveau rencontré vendredi soir le Mouvement du 5-Juin (M5-RFP), l’alliance qui défie le pouvoir dans la rue.

Dans un climat d’exaspération nourrie depuis des années par l’instabilité sécuritaire liée aux violences jihadistes et intercommunautaires dans le centre et le Nord du pays, le marasme économique ou une corruption jugée endémique, la troisième grande manifestation à l’appel du M5-RFP, le 10 juillet, a dégénéré en trois jours de troubles meurtriers à Bamako.

« La délégation du M5-RFP se démarque des propositions de solutions de la Mission de la Cédéao qui ne correspondent absolument pas aux aspirations et attentes exprimées par le M5-RFP et portées par l’écrasante majorité du peuple malien », a signifié le mouvement dans un communiqué à l’issue de la réunion qui s’est achevée dans la nuit.

Samedi, Goodluck Jonathan a assuré à la presse que les négociations n’avaient pas échoué et que la médiation poursuivrait son travail.

Vendredi soir durant la réunion, la médiation de la Cédéao qui tente d’empêcher que la crise politique au Mali ne s’aggrave encore et d’éviter une nouvelle effusion de sang, a proposé un plan de sortie de crise en plusieurs points, selon le M5-RFP.

Selon le mouvement, ce plan prévoit expressément le maintien du président Keïta dans ses fonctions, ainsi notamment qu’une recomposition de la Cour constitutionnelle – qui a fait déborder la colère en invalidant une trentaine de résultats des législatives de mars-avril -, un réexamen du contentieux électoral et un gouvernement d’union nationale.

« Ces propositions ont réduit tout notre combat à des questions électorales », a regretté devant la presse Choguel Maiga, un des dirigeants du M5-RFP, alliance hétérogène de chefs religieux et de personnalités du monde politique et de la société civile.

Lors de cette réunion, le M5-RFP a « réitéré ses demandes (…) notamment la démission » du chef de l’Etat, mais la Cédéao a fait savoir que cette exigence était « pour elle une ligne rouge », poursuit le mouvement dans son communiqué.

Selon le M5-RFP, les propositions de la médiation sont identiques à celles déjà formulées par le chef de l’Etat et qu’il a déjà rejetées. Elles « ne tiennent aucunement compte du contexte socio-politique et des risques majeurs que la gouvernance de Ibrahim Boubacar Keïta fait peser sur l’existence même du Mali en tant que Nation, République et démocratie ».

« Cette exigence de démission est fondée sur l’incapacité avérée de M. Ibrahim B. Keita à redresser le Mali, sa gouvernance ayant conduit à la perte de l’intégrité territoriale et à la dislocation de l’unité nationale, sa perte de légitimité, les violations graves des droits et libertés, et plus récemment les massacres perpétrés (…) contre des manifestants aux mains nues », poursuit-il.

Les trois jours de troubles de juillet, marqués par des saccages et des affrontements entre lanceurs de pierres et forces de sécurité tirant à balles réelles, ont fait onze morts selon les autorités, 23 selon le M5.