La petite phrase du chef de l’État à l’égard de «ceux qui disent que les commissions d’investiture sont illégitimes» a été interprétée comme un message à destination du député et mathématicien, candidat dissident dans la capitale. L’Élysée assure que ces propos ne le visaient pas.

L’allusion était claire. Lundi soir, devant les parlementaires de la majorité réunis dans le jardin de Marc Fesneau, ministre des Relations avec le Parlement, le président de la République a mis en garde contre le risque de la division, à l’approche des élections municipales. «Ce qui est attendu de nous collectivement, c’est de réussir à prendre des décisions et donc à investir, de passer outre les déceptions, de ne pas nous diviser et de toujours savoir d’où l’on vient. Quand certains disent que les commissions d’investiture sont illégitimes, ils oublient qu’ils en sont issus. Ce qui est mortel en politique, c’est la division», a déclaré Emmanuel Macron. En plus de s’être déclaré candidat à Paris malgré l’investiture officielle de Benjamin Griveaux, Cédric Villani avait dénoncé une procédure de désignation «viciée». Bref, la personne visée était toute trouvée, et l’équipe de l’ancien porte-parole du gouvernement n’a pas manqué de relayer cette lecture des propos du chef de l’État. «C’était un message clair à l’endroit de Cédric Villani, rappelé par le fondateur d’En marche lui-même», se félicite un soutien de Griveaux.

Sauf que dès le soir-même, un conseiller d’Emmanuel Macron a contacté le mathématicien pour lui signifier l’exact inverse. «J’ai bien entendu les paroles du président Macron, et tout de suite j’ai vu l’océan médiatique se déchaîner, a réagi Cédric Villani, jeudi matin, au cours d’une conférence de presse. Je suis resté serein pendant la déclaration (…) En tout cas, pour ceux qui avaient un doute sur le sens des propos du président Macron, ils étaient faciles à dissiper. Le soir-même, je reçevais un coup de fil du conseiller en communication de l’Élysée, me faisant passer un message du chef de l’État: premièrement qu’il était heureux de m’avoir vu dans cette réunion et deuxièmement que les propos qu’ils avait énoncés ne s’adressaient pas à moi». «Cela ne visait pas Cédric Villani», confirme l’Élysée. Ou l’art du «en même temps», jusque dans la bataille pour la mairie de Paris… Est-ce à dire que le locataire de l’Élysée voit d’un bon oeil la démarche du scientifique rebelle? «Vous pouvez, si vous le souhaitez, romancer, mettre en scène, imaginer toutes sortes de scénarios à la Game of Thrones derrière les coulisses», a souri Villani.