Des Français profitent-ils d’une pension versée par l’Allemagne pour avoir collaboré avec le régime nazi ? C’est la question qui se pose au ministère des Armées, après le vote jeudi dernier de députés belges pour interdire le versement de ladite pension en Belgique.

« Nous n’avions pas connaissance de cette pension », assure la secrétaire d’Etat Geneviève Darrieussecq au Parisien ce lundi. « Qui sont ces personnes, quels sont les critères de versement… De toute évidence, ce serait des personnes qui auraient subi des blessures après avoir servi dans la Wehrmacht, possiblement », poursuit-elle.

Selon elle, la pension serait en fait une « allocation pour assistance aux victimes de guerre civile ou militaire », versée par les Länder (les Etats allemands). Le ministère du Travail allemand a dénombré 54 personnes en bénéficiant en France, selon des chiffres dévoilés la semaine dernière. Pour l’instant, l’Etat français n’a pas identifié les bénéficiaires de cette pension.

Des Alsaciens et Mosellans enrôlés de force ?

« Ça peut être des anciens soldats, des veuves… Il faut d’abord essayer de rechercher plus finement de qui il peut s’agir, il ne faut pas faire de jugement définitif », estime Geneviève Darrieussecq. « Nous avons en Alsace et en Moselle le cas des « malgré-nous », qui ont été engagés de force dans l’armée allemande. Peut-être qu’eux aussi pouvaient prétendre à cette allocation », suggère-t-elle, précisant qu’elle ne fait pas de « relation précise » avec les 54 personnes relevées par l’Allemagne.

« J’ai contacté l’ambassade allemande pour avoir des éléments sur la loi de 1951 (qui a voté le versement de ces pensions), et nous allons continuer à essayer d’avoir des éléments sur les personnes concernées », poursuit Geneviève Darrieussecq.

Samedi, le chef de file de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, a exporté la polémique en France, en réclamant l’interdiction du versement de ces allocations, jugeant qu’il s’agissait d’une récompense pour « services rendus à l’occupant nazi ».

«Les choses seront faites avec les parlementaires»

« Il faut prendre le temps d’étudier les choses calmement, de ne pas précipiter la polémique. On ne peut pas être dans l’outrance et dans la caricature sur ces sujets », répond Geneviève Darrieussecq.

« Dans le cas des Alsaciens et Mosellans incorporés de force, ils ont été 135 000 à être enrôlés. Des milliers d’entre eux ont été blessés ou sont devenus invalides. Beaucoup ont subi des dommages importants contre leur gré », rappelle-t-elle.

La Secrétaire d’Etat ne s’est pas prononcée sur une interdiction de ces versements. « Nous avons de bonnes relations avec l’Allemagne, il faut que nous prenions le temps », ajoute-t-elle. Une fois les informations acquises, « les choses seront faites en toute transparence avec les parlementaires qui le souhaitent », conclut-elle.