Sonné par son échec aux élections européennes, le président de Debout La France, qui a fait sa rentrée à Yerres (Essonne) ce dimanche, veut revenir à ses fondamentaux.

Cet été, Nicolas Dupont-Aignan a pris du large, tout en veillant à envoyer de petites cartes postales aux Français. Chaque jour, sur Twitter, l’ancien candidat aux élections européennes -dont la liste avec 3,5 % des voix en mai, a échoué à envoyer des élus à Strasbourg- a publié une de ses chansons préférées : Barbara, Amy Winehouse, Véronique Sanson, les Daft Punk… Juliette Armanet, aussi, et son titre, l’Amour en solitaire.

A-t-il broyé du noir, « solo dans sa peau, sur la plage », comme le dit la chanson ? Pas du tout, jure l’intéressé : « Les européennes sont une déception, pas un drame ». Pour se rassurer, le (toujours) député de l’Essonne invoque l’abstention (près de 50 %) et préfère se comparer à la « tragédie » du parti Les Républicains (LR), seulement 8,5 % des suffrages.

Le « mea culpa » de Nicolas Dupont-Aignan

À Yerres (Essonne), le fief de Nicolas Dupont-Aignan, la traditionnelle rentrée politique annuelle de son parti Debout la France (DLF), ce dimanche, a tout de même un goût amer. Un peu plus de deux cents militants et cadres ont beau avoir fait le déplacement pour écouter le patron, la braderie de rentrée, située à quelques mètres de l’auditorium, attire davantage le chaland.

L’introspection n’est pas le fort du président de DLF. Mais après une telle défaite (certains sondages, fin 2018, le donnaient à 8 %, à touche-touche avec LR), l’exercice semble obligatoire. « Pourquoi n’avons-nous pas su convaincre ? Je voudrais faire un mea culpa », commence-t-il dans son discours de rentrée. Avant de poursuivre : « Nous avons passé trop de temps à critiquer et pas assez à proposer ».

En privé, l’homme confesse « s’être laissé enfermer dans un rôle de ronchonneur, de méchant réactionnaire ». L’influence, disent ses proches, du très droitier Patrick Buisson, l’ancien gourou de Nicolas Sarkozy, qui l’a conseillé au début de sa campagne. « J’étais coincé entre Marine Le Pen et François-Xavier Bellamy, on n’y arrivait pas », dit-il.

« Je suis insubmersible »

Autre erreur stratégique concédée : avoir épousé à fond la cause des « gilets jaunes », sans condamner assez fortement les violences. « Les retraités ont eu peur », constate a posteriori Nicolas Dupont-Aignan. Résultat, dans les urnes, les jaunes se sont abstenus, et les partisans de l’ordre ont déserté. La claque.

De cet épisode des ronds-points ne reste aujourd’hui que Benjamin Cauchy, figure médiatique du mouvement, venu à Yerres avec sa Scénic orange. Son gilet jaune est resté au placard. Dans son costume bleu marine, le nouveau porte-parole de DLF affirme ne rien regretter, lui non plus.

Quid alors, de la suite ? L’admirateur du général de Gaulle jure qu’il n’est pas mort. « Je suis insubmersible », plastronne-t-il. À 58 ans, l’ancien du RPR, un temps proche de Philippe Séguin, veut être « plus fidèle à lui-même » et revenir aux fondamentaux du gaullisme social. Porter, aussi, des messages sur l’environnement, le made in France, etc. Ce qui ne l’empêche pas de consacrer un tiers de son discours de cinquante minutes à la lutte contre « l’immigration massive et l’explosion du communautarisme « .

Hors de question de s’allier avec le RN aux municipales

Un retour aux sources plébiscité par des militants que l’alliance avec Marine Le Pen, au second tour de l’élection présidentielle, en 2017, a éprouvé. Dans la salle, Lucie, Yerroise de 62 ans, considère toujours que ce choix relève de « l’erreur de parcours » : « Ça m’a beaucoup choqué ». La promesse d’indépendance rassure les historiques de l’aventure, comme Claude Levy, 81 ans, trésorier de DLF : « Faut pas se vendre. Qu’est-ce qu’on va faire alliance avec le RN ? On va se faire bouffer, on est trop petits ! » jure ce fidèle de la première heure.

Alors, Nicolas Dupont-Aignan compose… Côté LR, il drague Julien Aubert, candidat à la présidence du parti de droite, qu’il soutient et invite à le rejoindre en cas de défaite. Côté RN, il regarde Marine Le Pen en chien de faïence. L’appel de la présidente du RN en direction de ses électeurs, à la veille des européennes, lui est resté en travers de la gorge. Hors de question de s’allier avec la formation d’extrême droite pour les élections municipales, prévient l’ancien maire de Yerres, qui a délaissé son écharpe, en juillet 2017, mais pas son bureau, qu’il occupe toujours.

Coincé entre LR et RN, le président de Debout la France se sent-il esseulé ? « Merde ! On m’accable quand je soutiens Marine Le Pen au second tour de la présidentielle, et on m’accable quand je ne la soutiens pas ! Mais je ne suis pas un satellite du RN ! » rouspète-t-il. Que disait la chanson déjà ? « Je traverse le désert/l’amour en solitaire… »