La Fondation Tara Océans, associée à une quarantaine de scientifiques notamment du CNRS, de l’Ifremer et de la Sorbonne Université, s’inquiète dans une tribune publiée sur le JDD de la tournure des débats au Sénat sur le projet de loi anti-gaspillage pour une économie circulaire. La commission de l’aménagement du territoire et du développement durable a en effet amendé le texte, bridant le projet du gouvernement de créer des consignes pour les bouteilles en plastique.

La tribune :

« La Fondation Tara Océan, associée aux scientifiques du CNRS, de l’Ifremer et de Sorbonne Universités, travaille depuis plus de dix ans sur le problème des plastiques en mer. Les travaux de chercheurs, comme François Galgani en Méditerranée, montrent que les fonds marins sont couverts de bouteilles plastiques. D’autres recherches ont révélé que les microplastiques issus des emballages notamment, sont aujourd’hui dispersés partout dans l’océan. C’est vrai au large de Marseille comme d’océan Arctique pourtant si peu peuplé!

« Les performances de la France en la matière laissent à désirer

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L’impact de cette pollution plastique sur la biodiversité marine est également avéré. Pour préserver notre environnement et l’Océan en particulier, nous devons sans hésiter réduire l’usage des plastiques jetables et être beaucoup plus ambitieux pour notre système de collecte et de recyclage des emballages.

Les performances de la France en la matière laissent à désirer. Avec seulement 22% de plastiques recyclés, la France se situe parmi les mauvais élèves à l’échelle européenne. Et même s’agissant des bouteilles PET qui sont le déchet plastique le mieux traité dans notre pays, les chiffres font froid dans le dos. A peine plus de la moitié est recyclée et au moins 140.000.000 bouteilles finissent dans la nature, chaque année. Comment se satisfaire de ce non-sens écologique et économique ? Les autorités, européennes et françaises, semblent avoir pris conscience de l’urgence à agir. Des objectifs de collecte et recyclage ont été posés et il nous faudra atteindre 90% de recyclage des bouteilles PET d’ici 2029. Reste à le traduire en actes du quotidien pour les Français.

« Les premières voix se sont élevées du côté des recycleurs puis du côté du syndicat du recyclage pour faire valoir leur intérêt

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C’est, notamment, le rôle du Projet de Loi contre le gaspillage alimentaire et pour l’économie circulaire qui a commencé son parcours de révision au Sénat en ce début septembre. Cette loi, présentée pour la première fois au printemps 2019 par le Ministère de la Transition Ecologique et Solidaire, propose un système de consigne, recyclage et réemploi des bouteilles PET notamment. Cet été, à la pré-rentrée politique fin août, les premières voix se sont élevées du côté des recycleurs puis du côté du syndicat du recyclage pour faire valoir leur intérêt. La semaine passée, la loi présentée au Sénat par la Secrétaire d’Etat Brune Poirson, a subi une forte controverse et est actuellement en discussion au Sénat pour une relecture finale à compter du 24 septembre prochain.

Que dit le texte? Il pose les bases d’un système de consigne obligatoire des emballages pour boissons : bouteilles en verre et en plastique (PET), canettes et briques. Cette proposition est donc sous le feu de la critique de quelques acteurs et fait, ces derniers jours, l’objet d’amendements visant à en réduire la portée.

« La seule alternative crédible pour rattraper le retard de la France dans le domaine de la collecte et du recyclage des bouteilles, c’est la consigne

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Or si nous regardons les pays les plus performants à l’échelle européenne, la seule alternative crédible pour rattraper le retard de la France dans le domaine de la collecte et du recyclage des bouteilles, c’est la consigne. Selon le rapport commandé par le ministère de la Transition Ecologique et Solidaire à Jacques Vernier et présenté le 11 septembre dernier, « aucun pays n’a réussi à obtenir 90% de collecte, tous matériaux confondus, sans système de consigne ». « Les taux de recyclage selon les pays ayant mis en place la consigne varient de 79 à 98 %, tous matériaux confondus ». Les travaux de M. Vernier montrent qu’avec un montant raisonnablement fixé autour de 15 centimes d’euro par bouteille, le citoyen pourrait définitivement voir un avantage à séparer ses bouteilles et faire l’effort de les ramener ver un point de collecte dédié.

Vu de l’océan, de plus en plus envahi par les plastiques en tout genre, il est urgent de dépasser le stade des promesses pour aller vers un ensemble de solutions concrètes, pragmatiques et ancrées dans la réalité socio-économique et environnementale de notre pays. La consigne en est une des pierres angulaires, ainsi que la réduction des emballages plastiques inutiles ou problématiques. Moins « séduisante » que l’illusoire conviction que l’on pourra « nettoyer les océans », ces mesures pertinentes et éprouvées sont à notre portée. Faisons en sorte d’avancer vers un monde sans plastique dans les océans et saisissons l’opportunité unique que constitue ce texte législatif. Plastiques en mer, les solutions sont à terre. »

Les signataires :

  1. Lars Stemman, Professeur en océanographie, Observatoire Océanologie Villefranche-sur-Mer
  2. Marilyne Manent, Observatrice du monde,
  3. Sonia Lotito, Technicienne en biologie du développement, CNRS, Observatoire Océanologique Villefranche-sur-Mer
  4. Quentin Branchereau, Médiateur scientifique en océanographie
  5. Béatrice Manent
  6. Jean-François Ghiglione, Directeur de recherche CNRS,  Observatoire Océanologique Banyuls
  7. Thomas Guttierez, Etudiant modélisation écologie
  8. Christian Sardet, DR CNRS émérite
  9. Frédéric Gazeau, Chercheur CNRS, biologie marine
  10. Eric Röttinger, Directeur de Recherche CNRS, Sciences biologiques
  11. Alice Pierret, Assistante ingénieure,  Observatoire Océanologique Villefranche-sur-Mer
  12. Fabien Lombard, Maitre de conférences, membre de l’IUF/ étude du plancton, Observatoire Océanologique Villefranche-sur-Mer
  13. Vincent Picco, Docteur en biologie cellulaire, cancérologie, Centre scientifique de Monaco
  14. Adrien Poquet, PhD student in coral biology
  15. Juliette Maury, ingénieure d’étude, Observatoire Océanologique Villefranche-sur-Mer
  16. Stéphanie Barnay-Verdier, Maitre de Conférences/ Biologie cellulaire et Biologie Marine, University Pierre et Marie Curie
  17. Anne-Sophie Benoiston, Muséum d’Histoire naturelle
  18. Marianne Roca, thésarde en biologie cellulaire, Observatoire Océanologique Villefranche-sur-Mer
  19. S. GEAY, chargée de mission
  20. Sakina-Dorothée Ayata, Maître de conférences en Ecologie Marine, Sorbonne Université
  21. Edouard Leymarie, Ingénieur de Recherche
  22. François Seneca, Chargé de recherche, Centre scientifique de Monaco
  23. Raphaëlle Sauzede
  24. Nathalie Hilmi, Docteur en sciences économiques, Centre scientifique de Monaco
  25. Marine Fourrier, Doctorante en océanographie
  26. Sophie Peron, étudiante en thèse / biologie du développement
  27. Olivier Boebion, Ingénieur d’étude CNRS / informatique et réseau
  28. Laurent Formery, Docteur en biologie
  29. Séverine Martini, biologiste marin
  30. Eric Elia, Aide aux chercheurs, Centre scientifique de Monaco
  31. Jean-Pierre Gattuso, Directeur de recherche au CNRS, Observatoire Océanologique Villefranche-sur-Mer
  32. Yvon Le Maho, Directeur de Recherche Emérite. Membre de l’Académie des Sciences,
  33. Institut Pluridisciplinaire Hubert CURIEN – CNRS
  34. Cécile Gastaldi, ingénieur de recherche en Biologie Médicale, Centre scientifique de Monaco
  35. Duygu Sevilgen, Dr., Chercheuse au CSM, Biologiste Marin
  36. Eric Tambutté, Chercheur en biologie marine, Centre scientifique de Monaco
  37. Stéphanie Reynaud, Docteur Biologie des coraux, Centre scientifique de Monaco
  38. Paola Furla, Professeur des Universités en Biologie Marine, Université Nice Sophia Antipolis
  39. Maria Luiza Pedrotti, Chercheur CNRS en Océanographie et biologie marine, Observatoire Océanologique Villefranche-sur-Mer