La rencontre tant attendue des Ivoiriens a donc eu lieu mardi (27.07). Après dix ans d’affrontements, Alassane Ouattara et Laurent Gbagbose sont entretenus en tête-à-tête durant une trentaine de minutes. A l’issue de cette entrevue, Laurent Gbagbo a appelé son successeur à libérer les personnes arrêtées pendant la crise post-électorale. « J’étais leur chef de file, je suis dehors aujourd’hui et ils sont en prison. J’aimerais que le président fasse tout ce qu’il peut pour les libérer », a déclaré Laurent Gbagbo.

Qui sont ces prisonniers?

Ils seraient une centaine de personnes à être encore détenuesdans les prisons ivoiriennes. « Il s’agit de militaires, d’acteurs politiques, de proches de Laurent Gbagbo, ainsi que des opérateurs économiques et des présidents de sociétés d’Etat qui auraient soutenu Laurent Gbagbo », explique Christophe Kouamé, coordonnateur de CIVIS-CI.

Pour le défenseur des droits de l’homme, Alassane Ouattara « va donner un signe d’apaisement en demandant la libération de la majorité de ces prisonniers, soit par amnistie, soit par ordonnance présidentielle ou autre.  »

Fahiraman Rodrigue Koné, chercheur à l’Institut d’études de sécurité, pense pour sa part que la demande de Laurent Gbagbo est fondée et mérite d’être étudiée.

« Il l’a lui-même présentée comme une doléance, comme un plaidoyer. La manière dont il a demandé exigerait, à mon avis, une analyse beaucoup plus attentive de la part du président de la République.  »

Les souvenirs des victimes

Analyser la demande de libération des prisonniers, alors que les souvenirs des victimes, eux, sont toujours là. Le défenseur des droits de l’homme, Christophe Kouamé, donne de la voix pour le rappeler.

« Les perdants dans cette rencontre, les perdants dans cette attitude à vouloir aller à la réconciliation au-delà du droit, ce sont les victimes et les parents des victimes. »

Christophe Kouamé insiste que « pour que les exactions ne se répètent pas pour les futures élections de 2025, il aurait été souhaitable qu’avant de libérer ces prisonniers politiques, qu’il y ait eu une discussion autour de l’orientation. Comment on écrit la nouvelle histoire politique de la Côte d’Ivoire. »

Le sort des victimes interpelle aussi Fahiraman Rodrigue Koné. Le chercheur de l’ISS rappelle néanmoins que « les enjeux restent grands parce que nous sommes dans une situation où le défi de la cohésion nationale reste aussi un enjeu politique important. De même que le respect des droits des individus et des victimes reste au cœur de la machine et cela revient à la responsabilité des hommes politiques qui doivent à la fois intégrer l’idée que leurs agissements peuvent avoir des impacts négatifs sur leurs militants.  »

Fahiraman Rodrigue Koné appelle, pour finir, les leaders politiques à miser sur la communication afin que cette nouvelle dynamique de réconciliation n’engendre pas des actes de vengeance ou encore des désirs de représailles.