Raphael Yanyi Ovungu, président du Tribunal de grande instance de Kinshasa en charge du célèbre et retentissant procès de Vital Kamerhe, directeur de cabinet et principal allié du président Félix Tshisekedi, est décédé subitement d’une crise cardiaque dans la nuit du mardi au mercredi 27 mai d’après la police. « Vers 2 heures (1 heure GMT), il a eu des malaises et on l’a conduit au centre hospitalier Nganda. Il a succombé des suites d’une crise cardiaque », a indiqué un responsable de la police de Kinshasa, le colonel Miguel Bagaya.

La mort de ce juge d’une cinquantaine d’années intervenue quelques jours avant la troisième audience du procès qui oppose l’État congolais et le directeur de cabinet du président de la République et de deux autres accusés, jugés pour le détournement de quelque 50 millions de dollars de fonds publics, suscite une vague d’indignation et d’interrogations quant à la suite qui sera donnée à cette saga judiciaire sans précédent. Dans tous les cas, « le procès va se poursuivre. Il y aura bel et bien audience le 3 juin. Il n’y a pas de débat là-dessus », a assuré à l’AFP une source judiciaire.

Soupçons d’empoisonnement

Juste après l’annonce de son décès, toutes les forces vives de la nation, mouvements citoyens, société civile et classe politique toutes tendances confondues, avaient exigé une autopsie pour déterminer les causes réelles de la mort du juge Yanyi, qui avait pourtant présidé avec force la deuxième audience dudit procès le lundi 25 mai dernier.

Ceci dit, sur demande du parquet de grande instance de Kinshasa Gombe, le médecin légiste de l’hôpital général de référence de Kinshasa a été chargé d’autopsier le corps du juge. Selon la radio onusienne Okapi, le rapport de l’autopsie révélerait que le juge Yanyi n’est pas décédé d’une mort naturelle : « Un poison aurait été utilisé » et « une expertise internationale serait envisagée pour déterminer la nature de l’éventuel poison qui aurait été utilisé ».

De son côté, le porte-parole du défunt, Lambert Ombalakonde, a affirmé à l’AFP qu’« aucun résultat n’est sorti ». « Il faut patienter encore quelques jours », a expliqué un magistrat du parquet, indiquant que ce rapport n’est pas destiné au public.

En attendant, la famille a qualifié de « spéculations » les informations qui circulent sur les réseaux sociaux et même dans certains médias.

Folles rumeurs

À qui profiterait la mort du juge Yanyi ? C’est la principale question qui taraude les esprits des internautes sur les réseaux sociaux en République démocratique du Congo. Chacun y va de son interprétation et Vital Kamerhe apparaît à leurs yeux comme le suspect numéro un. Cependant, il convient de rappeler que lors de la dernière audience, le ton était monté entre Vital Kamerhe et les avocats du Ministère public au sujet de la comparution lors de la prochaine audience de sa femme, Hamida Shatur, comme témoin. Un avocat du ministère public avait même affirmé que « Vital aurait promis de mettre le feu si on invite sa femme à comparaître ».

« Maintenant que le juge Raphael Yanyi est décédé tragiquement, le suspect numéro un est celui qui avait promis, urbi et orbi, aux juges de mettre le feu », écrit l’activiste Jean-Claude Mindele sur son compte Twitter, faisant allusion aux dernières déclarations du Vital Kamerhe, rapportées par l’avocat de la République, Coco Kayudi.

Dans un communiqué du 30 mai dernier signé par son secrétaire général, Aimé Boji, l’Union pour la nation congolaise, parti de Vital Kamerhe, a « condamné fermement une campagne d’intoxication de l’opinion et dément toutes les accusations infondées, portée contre elle et son président, détenu encore à la prison de Makala », a-t-il écrit. Avant d’exiger « l’implication d’un médecin légiste indépendant et international ».

Quelle incidence sur la suite du procès ?

La prochaine audience du procès de Vital Kamerhe et consorts a été renvoyée pour le 3 juin prochain. Mais après la disparition du juge Raphael Yanyi en charge de l’affaire, des Congolais ne cessent de s’interroger sur la suite de ce procès. D’après Me Willy Wenga, la mort brusque du juge n’est pas suspensive du déroulement de procès dit des « 100 jours » en cours selon les textes légaux en RDC : « Le remplacement des magistrats pendant le procès est une option prévue dans les textes légaux régissant la procédure d’instruction des affaires dans les cours et tribunaux », a réagi Me Wenga. Cela implique, poursuit cet avocat, que « la désignation d’un nouveau juge président intérimaire du tribunal en remplacement du juge décédé avec comme conséquence le changement de la composition ». En conclusion, Willy Wenga mentionne qu’« il y aura réouverture des débats pour changement de la composition et l’intérimaire se fera par le juge qui vient après le juge Yanyi décédé, ce dernier aura ainsi la charge de désigner une nouvelle chambre ».

En attendant l’arrivée des experts toxicologues internationaux pour identifier la nature de l’éventuel poison utilisé et les principaux commanditaires, les Congolais retiennent leur souffle et tous les regards sont tournés vers le 3 juin.