Donald Trump a évoqué ce mardi Martin Gugino, l’homme de 75 ans grièvement blessé après avoir été poussé à terre par des policiers lors d’une manifestation. Sans avancer de preuve, il a émis l’hypothèse d’un «coup monté».

Les images sont terribles et ont provoqué un tollé : un homme s’avançant vers des policiers, qui le projettent à terre. Après avoir trébuché, déséquilibré par le mouvement des agents, Martin Gugino heurte le sol brutalement puis gît, inconscient, saignant d’une oreille. L’épisode est, parmi d’autres, perçu par les manifestants comme une illustration des violences commises par les forces de l’ordre contre des rassemblements pacifiques. Donald Trump, lui, a une théorie différente sur cet incident : «Le manifestant de Buffalo poussé par la Police pourrait être un provocateur ANTIFA. Martin Gugino, 75 ans, a été écarté après avoir vraisemblablement tenté de scanner les moyens de communications de la police pour bloquer leur signal. @OANN, j’ai regardé, il est tombé plus qu’il n’a été poussé. Visait le scanner. Ça pourrait être un coup monté?»

Citant la petite chaîne conservatrice OAN, qui a à plusieurs reprises relayé des théories du complot et que le président américain semble de plus en plus favoriser, Donald Trump émet ouvertement la possibilité d’un coup monté pour nuire à l’image des policiers, accusant sans la moindre preuve l’homme en question d’appartenir aux antifas, un groupe autonome d’activistes antifascistes. Deux officiers ont été mis en examen pour l’agression du septuagénaire, qui se trouve toujours à l’hôpital dans un état grave mais stable.

Après les « voyous », la théorie du complot

Depuis le début des manifestations contre le racisme et les violences policières, le discours de Donald Trump a été de plus en plus clivant. Se contentant de dénoncer les dégâts matériels parfois importants causés par certains en marge des manifestations, le président américain a dénoncé les «voyous» puis les «terroristes», amalgamant également les manifestants aux antifas, qu’il assure vouloir classer «groupe terroriste».

En restant sourd aux revendications et en n’évoquant que des questions de sécurité, «la loi et l’ordre» comme il le martèle sur Twitter, Donald Trump passe complètement à côté de la colère populaire née après la mort de George Floyd, un Noir de 46 ans tué lors de son interpellation après qu’un policier blanc a appuyé avec son genou sur sa nuque pendant près de neuf minutes. Ses derniers mots, «I can’t breathe» («Je n’arrive pas à respirer») sont devenus le mot d’ordre de millions de manifestants à travers les États-Unis et le monde.

Selon un sondage réalisé pour «Washington Post»/Schar School, 61% des personnes interrogées désapprouvent sa gestion des manifestations, dont 47% «fortement». Pour 69% des sondés, la mort de George Floyd est le reflet d’un problème profond «dans le traitement des Noirs américains par la police» -un chiffre qui était de 43% en 2014, après les décès de Michael Brown à Ferguson et d’Eric Garner à New York, survenus dans des conditions similaires. Le chiffre qui pourrait inquiéter Donald Trump, qui se vante régulièrement d’un soutien massif chez les républicains, est celui-ci : 47% des sondés républicains pensent également que la mort de George Floyd est le signe d’un problème profond et n’est pas un incident isolé.