Ce mardi 3 septembre commence à Matignon le Grenelle des violences conjugales. Des violences qui touchent plus de 220 000 femmes par an. Le nombre de féminicides ne cesse aussi d’augmenter. Mais les femmes ne sont pas les seules à en être victimes. En 2018, 21 enfants ont trouvé la mort dans ce contexte, 82 sont restés orphelins et des milliers d’autres qui ont été témoins des scènes de violences en sont restés marqués à vie.

Les effets des violences conjugales sur l’enfant

Les violences conjugales sont une des formes les plus graves de maltraitance qui puissent être infligées à un enfant, affirment de nombreux pédopsychiatres et magistrats. Elles créent un stress post-traumatique, qui se manifeste par des angoisses très profondes et durables.

En grandissant, les enfants exposés aux violences au sein de leur famille risquent de souffrir de deux types de troubles. Le premier relève de l’atteinte à soi-même. Même les tout-petits ont tendance à s’isoler et ont des retards de développement. Plus tard, ils auront des difficultés d’apprentissage, seront souvent en rupture scolaire, auront des pensées suicidaires ou des conduites addictives.

Le deuxième type de troubles consiste en des atteintes à autrui. L’enfant est agité, nerveux, en colère. Plus âgé, il peut se montrer agressif avec ses camarades, sa mère, ses frères et sœurs.

Il arrive aussi que des années plus tard ces enfants deviennent des délinquants, reproduisant ainsi des violences auxquelles ils ont assisté chez eux.

Comment aider l’enfant traumatisé par les violences conjugales

Selon Édouard Durand (1), ancien juge aux affaires familiales, aujourd’hui juge des enfants au Tribunal de grande instance de Bobigny, « la première manière de venir en aide à ces enfants traumatisés, c’est de protéger leur mère par une rapide mise à l’abri. Ensuite, un traitement adapté de la parentalité s’impose pour que même après la séparation du couple, le père ne dispose pas de la capacité voire des moyens juridiques de perpétuer son emprise sur la mère et sur l’enfant ».

Des progrès ont été faits dans ce domaine, notamment grâce à la loi de 2010 qui a créé l’ordonnance de protection pour les femmes et leurs enfants ainsi qu’à celle de 2018, qui a allongé les peines pour les violences conjugales en présence des mineurs.

Néanmoins, comme l’explique Édouard Durand, nous vivons encore dans une société qui pense l’organisation de la famille avec un principe quasiment exclusif de la coparentalité, notamment lorsque les parents divorcent. Et la loi française a toujours tendance à favoriser le maintien du lien entre l’enfant et son père même si celui-ci est condamné pour violences conjugales. De cette façon, le père violent peut garder son pouvoir de nuisance pendant des années.

Il n’y a qu’une seule manière pour y remédier, martèle le juge Durand, « il faut reconnaître des exceptions au principe de la coparentalité et, en cas de violences conjugales, suspendre ou retirer l’autorité parentale à l’homme violent et ne l’accorder qu’à la mère ».

Les soins en psychotraumatologie

Il faut aussi traiter des traumatismes spécifiques qui ont été infligés à l’enfant par les violences conjugales, essentiellement par un suivi psychologique systématique et des soins en psychotraumatologie. Un enfant qui peut exprimer ses peurs et ses difficultés et trouver de l’aide auprès d’un professionnel compétent pourra prendre de la distance par rapport à la situation et désamorcer ainsi le risque de devenir lui-même auteur de violences.